Albums cultes des géants du bizarre

  • Accueil
  • News (49)
  • Vidéos(1)

Albums cultes des géants du bizarre #49 : Throbbing Gristle - 20 Jazz Funk Greats

31/07/2008 - 17h32
  • Partager sur :
  • 0
Bien évidemment, le choix de cet album culte et éminemment bizarre prête à discussion, j'en conviens. Encore une fois, choisir un album parmi les sommets d'étrangeté proposés depuis plus de 30 ans par Throbbing Gristle (qui jouait encore, en juin dernier à Paris pour Villette Sonique) est une gageur. Pourtant, j'ai choisi de jeter mon dévolu sur 20 Jazz Funk Greats, parce que c'est mon préféré d'une part, le meilleur à mon sens également et celui qui permet d'ouvrir les portes de la perception de l'auditeur moyen à l'univers torturé de ce groupe/collectif britannique mythique.

Fondé en 1975 sur les cendres encore chaudes de la machine à performance COUM Transmissions, Throbbing Gristle est composé de Genesis P-Orridge, Cosey Fanni Tutti, Peter "Sleazy" Christopherson et Chris Carter. Jusque là, rien que Wikipedia ne puisse vous apprendre. Reste que ces individualités sont importantes, pour ne pas dire incontournables, au sein de la musique de la seconde moitié des années 70 et de toutes les années 80, voire 90. Qu'il s'agisse de P-Orridge avec son projet Psychic TV et son implication au sein de la scène acid house anglaise puis américaine, ou de Peter Christopherson et Coil, ou encore des expériences proto-techno et electro de Chris Carter et Cosey sous le nom de Chris & Cosey, tous les membres de Throbbing Gristle et leurs activités annexent eurent un impact considérable sur la création musicale de ces 30 dernières années (et je ne parle même pas de l'art contemporain, ou plus concrètement encore de la fondation de leur label Industrial Records qui accueillis des outsiders terroristes comme Cabaret Voltaire, Monte Cazazza ou William S. Burroughs et dont la devise "industrial music for industrial people" devait influencer et essaimer une bonne partie des musiques électroniques d'alors et à venir !).

Autant dire que nous n'avons pas affaire à de l'anecdotique ici. Et pourtant, 20 Jazz Funk Greats se prête bel et bien à l'anecdote. La légende veut en effet que ce soit pour faire plaisir à sa maman que le leader du groupe, Genesis P-Orridge, ait composé ces 11 vignettes électroniques tantôt rêveuses, tantôt malsaines, tantôt ondulantes comme de minuscules asticots qui danseraient sous votre peau. C'est vrai qu'à l'écoute de cet album, on s'étonne d'y entendre les mêmes personnnes qui balançaient les traumatiques Music From The Death Factory By Throbbing Gristle en 1976 (sur cassette uniquement) ou les reports de D.O.A. (non, ce n'est pas Dead Or Alive), soit The Second Annual Report Of Throbbing Gristle et D.o.A. The Third And Final Report entre 1977 et 1978.

 

Qu'il s'agisse des cotonneux "Beachy Head" et "Exotica" (Boards of Canada aurait pu les composer), du fameux "Hot On The Heels Of Love" ou de l'hypnotique et pervers "Persuasion", rien ici ou presque ne vient rappeler les abominations bruitistes, les saturations et les performances post-fluxus et proto-actionnistes des origines, si ce n'est, les textes de P-Orridge. Cela ne veut pas dire pour autant que 20 Jazz Funk Greats est un album inoffensif. Au contraire. Et ceux qui pensent encore que 20 Jazz Funk Greats est l'album favori de ceux qui n'écoutent pas Throbbing Gristle, ont à la fois tort et raison. Raison car, oui en effet, cet opus est plus facile d'accès que les précédents (et les suivants), tort car s'il existe un disque auquel convient le terme de "venimeux", c'est bien celui-là.

Ecoutez bien les mélodies minimalistes, tristes et glaçantes de "Convincing People", "Walkabout", ces boucles étranges, ce beat squelettique. Ecoutez les paroles de "Convincing People" ou de "Persuasion", gigotez sur la danse macabre de l'éponyme morceau d'ouverture ou sur "Still Walking", vibrer sur "Tanith" ou le post-punk de "Six Six Sixties". Tout ici, par son apathie, frise l'angoisse, frôle l'hystérie avant l'explosion de rage démente. 20 Jazz Funk Greats est la petite musique qui tourne dans la tête du serial killer juste avant qu'il n'abatte sa hache sur la tête d'un innocent. C'est la mélodie morbide de l'enfant qui berce dans ses bras sa mère morte depuis une semaine. Froid, vicieux, annihilant toute résistance, 20 Jazz Funk Greats réussira sa mission. Aujourd'hui, pas un mix sans "Hot On The Heels Of Love", pas une rétrospective des années 80 sans "Convincing People", un blog renommé consacré au post-punk s'appel même 20 Jazz Funk Greats.

Et le groupe continu sa croisade... ça fait peur non ?

Throbbing Gristle - 20 Jazz Funk Greats (Industrial Records, 1979) à écouter ici.

Par Maxence
COMMENTAIRES
Connectez-vous en cliquant ici pour laisser un commentaire en utilisant votre pseudo. Si vous ne vous loguez pas, votre commentaire n'apparaîtra qu'en ANONYME.
    Toutes les rubriques
    • Cinéma
    • /
    • Société
    • /
    • Livres
    • /
    • Télé
    • /
    • Musique
    • /
    • Expos
    • /
    • Photos
    • /
    • Forum
    articles les + lus
    • Que sont devenus Roger Rabbit et les cartoons de notre enfance ?
    • Subtle Dildo : ils cachent un gode dans leurs photos instagram
    • Flambyss : Mozinor mélange Abyss et François Hollande
    • Les courts-métrages de fin d'année de l'école des Gobelins
    • Photos : nos papas sont les hipsters originaux
    • Des photographies d'archives s'animent en GIF étranges
    • Tout sur les sextoys et leurs usages en une infographie
    Les Derniers Tweets de Fluctuat