
1968 ne manque certes pas d'albums cultes et bizarres. L'année psychédélique et révolutionnaire fut en effet prolixe en musique azimutée et An Electric Storm de White Noise fait certainement partie du peloton de tête en la matière. White Noise c‘est d'abord la rencontre incongrue de David Vorhaus, spécialiste américain de l'acoustique, de formation technique et musicale, avec les britanniques Brian Hodgson et Delia Derbyshire, tous deux bruiteurs et compositeurs électroniques pour la BBC.
Avec An Electric Storm ces trois bricoleurs de génie sont à l'origine d'une pop inouïe, qui doit autant aux divagations psychédéliques du early Pink Floyd, au free rock de Soft Machine, au des Beatles et à l' des Zombies, qu'aux expériences de la musique concrète française et de la musique électronique allemande et américaine des années 50. De l'innocence de "Love Without Sound" qui ouvre le disque, aux lugubres "The Visitation" et "The Black Mass : An Electric Storm in Hell" qui le clôturent, en passant par la bande son pour film porno arty de "My Game of Loving", la fanfare dadaïste de dessin animé de "Here Come The Fleas" ou la comptine acide de "Firebird", An Electric Storm est une saga épique et cosmique, à base de bandes trafiquées, de sons et de bruit réels enregistrés live, de manipulations acoustiques et de bidouillages électroniques pour un album qui a la particularité (entre autre) d'user du premier synthétiseur anglais, le désormais mythique EMS Synthi VCS3.
Pièce maîtresse de la musique des 60's, White Noise compose une symphonie électrique donc, un pandémonium électronique même, qui voit se confronter les envolées vocales éthérées de Delia Derbyshire et l'océan infini des sons générés en studio ("Your Hidden Dreams"), précédent en cela de près de 40 ans, les producteurs électroniques et pop actuels, le tout dans l'incompréhension quasi-totale du public de l'époque bien sûr. On se demande d'ailleurs encore ce qui poussa le patron et fondateur d'Island, Chris Blackwell, à signer cet ovni sonore difficilement identifié ? Reste qu'avec An Electric Storm, les trois de White Noise ne feront rien de moins que de vulgariser la musique électronique et ses techniques, les rendant ainsi accessible à la pop pour toutes les générations à venir. Ainsi, on verra Pram, mais aussi le Spacemen 3's Sonic Boom, Adn To X, l'échevelé gourou du bizarre Julian Cope, Delia Gonzales & Gavin Russom (DFA), le duo Air ou plus récemment, Portishead, se revendiquer de l'influence incontournable de cet album extra-terrestre.
Dès le deuxième album, le groupe se sépare et devient le projet solo de David Vorhaus. Celui-ci composera une série d'album sous le nom de White Noise, tous numérotés de 2 à 5 (et même 5.5 en 2006, mais tous d'un intérêt moindre comparé au chez d'oeuvre précurseur que fut An Electric Storm. Brian Hodgson, lui, continuera son travail à la BBC au côté de Delia, et produira quelques albums (dont ceux de Fleetwood Mac). De son côté, Delia Derbyshire deviendra la muse de toute une génération. Elle produira également de nombreuses oeuvres pour le BBC Radiophonic Workshop et apparaîtra en guest, aux côtés d'artistes allumés comme Sonic Boom (Spacemen 3, Spectrum) tandis que son nom servira même de titres à de nombreux morceaux hommages. Elle est toujours active aujourd'hui.
White Noise - An Electric Storm (Island, 1968)
Par Maxence Grugier Follow @MaxenceGrugier
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