Albums cultes des géants du bizarre #27 : Cabaret Voltaire – Voices of America

15/12/2007 - 12h17
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The "Cab", un terme dont les plus jeunes d'entre vous ignorent le sens. Et pourtant, que serait la musique électronique aujourd'hui sans Cabaret Voltaire ? "Nag Nag Nag", "The Set Up", "Yashar", "Here To Go", autant de morceaux cultes et d'hymnes entêtants qui préfigurent la musique industrielle des 80's, puis la techno. Mute, le célèbre label à la Grey Area, ne s'y est pas trompé et réédite régulièrement albums et compilations rétrospectives de ce trio légendaire. Toujours actifs, ces pionniers de la musique électronique - et même, de l'électroacoustique - continuent à produire séparément des oeuvres passionnantes et originales. Le prolifique Richard H. Kirk propose une musique électronique matinée de dub, d'industrial, de world et de punk sur son propre label ou chez ses très pointus confrères, Warp, Cocosolidciti, Soul Jazz, et bien d'autres. Le discret Chris Watson, s'engagera un temps dans The Hafler Trio et propose aujourd'hui des documents sonores ethnographiques sous forme de field recordings (enregistrements live, pris sur le vif) et de l'ambient. De son côté, Stephen Mallinder, l'ex-préposé aux vocaux scandés, puis au chant dans la période "mainstream" du groupe, émigre en Nouvelle Zélande après le split dans les 80's et formera, entre autre, un groupe avec Dave Ball (de Soft Cell). Chaotique et créative, c'est ainsi que se présente cette "généalogie du désordre", à laquelle ont largement participé Stephen Mallinder, Richard H. Kirk et Chris Watson sous le nom emblématique de Cabaret Voltaire.

 

 

Difficile de faire un choix dans l'oeuvre plus que complète des trois de Sheffield, mais c'est sur Voices of America que je jette mon dévolu sans hésiter. Pourquoi ? Simplement parce qu'il s'agit de leur premier véritable album et que c'est principalement sur ce disque complexe que Cabaret Voltaire croise le fer avec la musique industrielle tout en incluant des réminiscences rock. Définissant ainsi ce que devrait être le post-punk et plus tard, la new wave. Soit une musique expérimentale, profondément imbibée de conscience politique et sociale. Les échos de la fin de l'ère industrielle sont particulièrement retentissants, en effet, dans le nord de l'Angleterre. Sheffield vit au rythme des licenciements, de l'inflation et du chômage. Dans ce contexte social chaotique Cabaret Voltaire propose une réflexion sur ce que doit être l'art en général, et la musique en particulier, à l'orée des 80's. Dès le début Cabaret Voltaire se situe dans la mouvance expérimentale, usant des technologies de leur époque, trafiquant les bandes audios, pratiquant le collage et le détournement d'actualités enregistrées en ondes courtes sur leur radio. L'usage de documents sonores les place dans l'héritage direct de personnalité comme l'écrivain outsider William S. Burroughs, manipulateur de mots et de sons, co-inventeur du concept de cut-up et d'Electronic Guerrilla.

 

 

 

Toutes ces idées et ces techniques sont présentes sur Voices of America "The Voice of America / Damage is Done" et "Obsession" sont des dubs industriels lents, portés par une basse élastique glissant sur les éclats de verre pilée de la guitare de Kirk, jouée d'une manière à la fois délicate et bruitiste. "Décharnée" serait le mot juste. "Stay Out of It" et "Messages Received", sonnent comme des reprises garage rock anémiées et annoncent des morceaux comme le mythique "Nag Nag Nag". "This Is Entertainment" se présente comme un funk bancal, basse en avant et cris de clarinette presque free jazz, accompagnés des vocaux scandé d'un horrible accent du Yorkshire par Mallinder qui répète : "This Is Entertainment, This Is Fun" d'une voix tendue qui en dément complètement l'optimisme idiot, tandis que "Premonition" s'abandonne dans la mélancolie non sans une certaine inquiétude. "If The Shadows Could March?" et "Partially Submerged" l'aspect le plus expérimental de Cabaret Voltaire, sonnant comme une electronica electrocutée, saturée de percussions rouillées et de grésillements de machines en déroute. Culte mais franchement bizarre...

 

 

 

Cabaret Voltaire - Voices of America (Rough Trade, 1980)

 

Par Maxence
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