
Il est étrange de chroniquer comme n'importe quel groupe, celui que l'on a adulé dans nos jeunes années, celui que l'on a placé tellement haut dans notre gotha adolescent... Massive Attack intouchable ? C'est ce que je pensais encore après (1998) mais le frigorifique avait cassé le mythe. Enfin, pas véritablement cassé, plutôt mis entre parenthèses : il me semblait que Massive Attack n'existait plus qu'entre 1990 et 1998 et que le reste n'avait rien à voir. Juste une tentative désespérée du dernier membre de la Wild Bunch -; Robert Del Naja aka 3D -; de faire croire que le trip hop avait un avenir dans les noughties.
[mediabox id_media="121189" align="right" width="260" height="260"][/mediabox]Mû par la curiosité, partagé entre crainte et incrédulité, j'ai peu fait tourner Heligoland avant de me rendre à l'évidence : la légende n'a pas disparu. Alors que Portishead creuse sur le côté expérimental et maladif d'un krautrock post-industriel, Heligoland renoue avec les racines chaleureuses qui berçaient et . Ouvertement plus "pop", très varié dans les textures, ce cinquième album lorgne vers les productions protéiformes de Danger Mouse tout en préservant la mystique Massive Attack -; cuivres inquiétants sur "Girl I Love You", tribalisme à la limite du cliché sur "Pray For Rain", envolées élégiaques de "Paradise Circus".
Pour la première fois peut-être, Massive Attack ne révolutionne ni son art ni son domaine d'action ; l'album fait penser à un instantané lucide de la décennie passée, tout en hybridation sonique, navigant entre synthétique et analogique, intégrant le rendu cheap du home studio pour des ballades à la fois crépusculaires et pulsantes ("Rush Minute", "Atlas Air", "Babel").
Il est encore trop tôt pour faire d'Heligoland un phare éclairant l'avenir, mais l'album vieillit bien. Son éclatement stylistique déroute de prime abord avant d'exercer une attirance difficile à expliquer. Quand certains morceaux possèdent une simplicité et une évidence harmoniques -; on pense au nouveau "Teardrop", le "Paradise Circus" interprété par l'envoûtante Hope Sandoval, d'autres naviguent en eaux troubles, condamnant l'écoute à un exercice attentif ("Flat of The Blade" et son arpège irréel). D'autres enfin rappellent à notre bon souvenir le hip hop chaloupé des débuts : comment ne pas vibrer en écoutant "Splitting The Atom" et son triumvirat chantant : Daddy G/Horace Andy/3D ?
Soigné dans ses moindres détails (un pléonasme pour les maniaques Massive Attack) et admirablement servi par un florilège de stars (un second pléonasme), Heligoland honore l'abnégation de Robert Del Naja à faire muter le dernier courant musical du vingtième siècle, et reste plus que jamais en phase avec notre époque.
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