
01. Un Robert Smith, en plus gros et moins beauEn direct du Letterman Show ou de chez Jools Holland en octobre 2010, la ressemblance entre Antony et le leader charismatique (et gras du bide) de The Cure est devenue frappante. Antony est une sorte de version tardive, épatée et atrophiée de Robert Smith. L'empreinte gothique du bonhomme se mesure désormais à la noirceur de sa chevelure, à ce petit effet bouclé sur les épaules et à cette touche de maquillage empruntée aux vieux maîtres japonais. Evidemment Antony et Robert Smith n'ont quasiment aucun point commun, si ce n'est ce petit jeu sur la féminité qui les anime. Côté inspiration gothique, Anthony a été enrôlé dans l'opération The Raven montée par Lou Reed, ce qui lui a donné un sacré coup de pouce. On passera pour ne pas passer pour un homophobe sur ses déclarations un peu usantes sur la sexualité, l'artificalité des genres et le pouvoir de l'amour et de la musique qui transcendent le corps et la chair. Antony a un côté fatigant et sérieux dont on se lasse assez vite et qui est renforcé par les sempiternelles questions des journalistes. A l'époque, on avait été sacrément ému par , un peu bouleversé par . Antony nous plaisait quand il jouait à l'extraterrestre clandestin, au clone triste de Klaus Nomi. En superstar, il est moins convaincant et menacé du syndrome Brian Molko-j'en-rajoute-une-couche-pour-faire-genre-je-suis-une-femme-dans-un-corps-d'homme. Au secours ! 02. Un discours spirituel barbantLà encore, la raison est extra-musicale et donc irrecevable mais la célébrité amène son lot de problèmes et le premier est qu'on lit trop souvent et trop longuement les déclarations d'Antony dans la presse. Du coup, ses discours panthéistes sur la beauté de la création, sur les pouvoirs secrets de la nature, la beauté des arbres et l'apprentissage que nous les hommes aurions à en tirer commencent à nous courir sur le bourrichon. Antony, redescends sur terre, parle-nous un peu du chômage, de la crise des subprimes et des types qui sentent des pieds. A son échelle, le musicien est devenu aussi ennuyeux qu'un David Lynch en mission pour promouvoir la méditation transcendantale. Depuis qu'il a retrouvé le sourire ({Swanlights} est un album joyeux, beurk...), ce qui passait pour un macabre catastrophisme est en train de se changer en un délicieux et anachronique angélisme qui dégouline d'inconscience et de bons sentiments. Antony est typiquement le genre de personne dont le bonheur, même relatif, rend la musique insupportable.03. Une seule et même chanson au compteurAvec Antony, il n'y aura que les plus sensibles qui diront le contraire, on nage en plein syndrome Gipsy Kings. On a beau se forcer, toutes les chansons se ressemblent. Quand on en a écouté une, on les a toutes entendues. Piano, voix. Démarrage en sourdine, petite envolée du milieu, crescendo vocal qui retombe, interlude lyrique et silendo sur l'émotion qui vous glisse le long des cheveux gras. L'ambiance cabaret passe encore mais le côté désuet et retiré des contingences temporelles fatigue. Alors bien sûr, difficile de cracher dans la soupe quand on entend des monuments de beauté comme {"Christina's Farm"} sur le dernier album mais est-il bien raisonnable de répéter la recette onze fois et un album durant ? On s'interroge si un peu de punk et de grosses guitares ne feraient pas du bien à tout ça. 04. De l'émotion débordanteComme dirait l'autre, l'émotion ça va mais point trop n'en faut. Le syndrome "Jacques Brel" a été décrit bien des fois par d'autres que moi. On peut difficilement concevoir qu'un album ne soit composé que de sommets émotionnels, car l'émotion, ça fatigue et ça tue son homme. Alors, oui, certainement, Antony est trop bien et trop subtil pour nous mais répéter 100 fois avec cette voix-là que la vie est dure sur trois notes de piano, est-ce bien nécessaire ? Sur {Swanlights}, la musique d'Antony prend un peu l'air et s'allège sacrément et on se met à douter. A écouter un titre évanescent comme l'éponyme {"Swanlights"}, on se dit que certainement, on est en train de rater quelque chose. Antony and The Johnsons, à petite dose, cela reste une bonne médication mais sur un album entier, non merci. 05. Antony n'est pas le poète que l'on essaie de nous vendreL'important pour Antony, c'est l'attitude. Comme le disent les fans, ce type pourrait vous faire pleurer en chantant une liste de courses. Il fait pire parfois. Quitte à la jouer putassier, allons-y pour ce qu'on ne ferait jamais avec quelqu'un d'autre, les textes d'Antony. Facile de prendre une pop song et de se moquer de sa facilité poétique, mais tous les moyens sont bons quand on aime et qu'on n'aime plus. Prenons par exemple (au hasard, hé, hé) le single {"Thank You For Your Love"}, parmi les titres les plus mis en avant par les critiques pour louer le dernier album. On y va : {"Oh thank you for your love / Thank you for your love / When all is falling in the seizure of pain / Oh thank you for your love / Thank you for your love / Thank you for your love / When I was lost in the dark blackness / Oh thank you for your love/ I want to thank you, oh / I want to thank you, oh / I want to thank you, oh / I want to thank you, oh."} Pas malin de faire ça à quelqu'un, hein ? Mais bon. A côté de cela, il y a de vraies réussites poétiques comme {"Ghost"} ou {"Everything Is New"} qui ouvre le bal de bien jolie façon.bonus 06 : La (mauvaise) fréquentation de trop sur Swanlights Björk est invitée sur le titre {"Fletta"}. Pas feta mais Björk tout de même qui intervient pour la 3ème fois chez Antony sur un duo à la limite du supportable. On ne peut tout de même cautionner quelqu'un qui est l'ami de Björk, non ? Quoi ? On a dit du bien de Björk quand elle était dans les Sugarcubes et quand elle chantait {"Venus As A Boy"} ? Des preuves, des preuves)