
Tous les 3 mois, état des lieux et des stocks de mon appareil de lecture antédiluvien, Creative. Quels sont les albums qui circulent, qui durent, ceux qui ne font que passer ou qu'on écoute du bout des oreilles ? Pour passer l'hiver, comme toujours, du soleil, du blues, des vieilleries indémodables et des grosses nouveautés qui tiennent leurs promesses... par ordre alphabétique.
Black Francis -; The Golem
Le leader des Pixies a enfin décidé de sortir en version CD simple (et non intégrale) les chansons tirées de sa performance one-shot de l'année dernière du chef d'oeuvre du cinéma du même nom. Son Golem, produit par son comparse maléfique Eric Drew Feldman s'écoute avec plaisir, avec, comme souvent depuis que le gros Frank roule en solo, de mauvais morceaux blues et de nombreux éclairs passionnants. Une curiosité à se procurer pour les fans des Pixies et... du Golem.
Brian Eno -; Small Craft On A Milk Sea
On a déjà parlé de la signature de l'ancien Roxy Music et producteur star Brian Eno chez Warp. Ce premier album instrumental sous la nouvelle signature du label électronique des labels électroniques est à la hauteur des espérances. Petit joyau d'électro délicate, l'album s'écoute comme une musique de film, s'imagine comme une soupe au lait ou un paysage enneigé. La douceur est au rendez-vous, le raffinement et les évocations atmosphériques d'une pureté et d'une économie de moyens remarquables. Eno réussit son année 2010 et peut espérer entrer par la petite porte dans les classements annuels.
Daft Punk -; (soundtrack)
C'était l'un des albums attendus de cette fin d'année. Après quelques fuites foirées (intox, faux montages), la bande son du nouveau Tron a fini par leaker et s'avère un peu exaltante que ce qu'on aurait cru. Daft Punk livre néanmoins une copie appliquée et conforme au cahier des charges : on flotte entre deux univers, le virtuel et le hi-tec. C'est beau, souvent efficace, probablement parfait pour accompagner des images et un film, mais pas nécessairement mémorable en tant que disque.
La grosse claque de ce milieu d'automne vient d'une créature de Toronto à la voix de baryton extraordinaire. Réinventé depuis son ancienne carcasse indie, John O'Regan réussit un album époustouflant et surprenant de bout en bout, mêlant rétro-futurisme, new wave et ambiance disco. C'est un peu triste, très glam et surtout très très intelligemment fait.
Giant Sand -; Blurry Blue Moutain
On n'aurait pas misé un euro sur le nouvel album de Howe Gelb et du Giant Sand et pourtant. L'album est un classique instantané, un monument bluesy impeccable, inspiré et qui, à l'image du single "Monk's Moutain", nous emmène dans des contrées US qu'on avait pu fréquenté depuis les grandes heures de Springsteen, de Neil Young et Will Oldham. Là encore, un de nos chouchous de dernière minute pour les tops de fin d'année.
Interpol -;
Le dernier album d'Interpol est toujours là. Un peu moins chaud et écouté que lorsqu'il est sorti mais il offre toujours un contrepoint intéressant aux jeunes branchés qui veulent se désintoxiquer de Joy Division ou ont honte d'avouer leur intérêt pour Editors.
Jason Lytle -; Music Meant to Accompany the Art of Ron Cameron
Comme beaucoup, on avait raté cette livraison surprise de l'ancien leader de Grandaddy. Pas vraiment un album à part entière mais avec ses 12 titres et sa version démo de "I Heart California", ce disque conceptuel (qui accompagnait une exposition) présente tous les (bons) caractères d'un excellent Grandaddy. Là encore, beaucoup de mélancolie et des chansons d'une beauté à couper le souffle. Un beau cadeau de Noël de rattrapage pour les fans.
Kanye West -;
Alors il est comment le nouveau Kanye West ? Plutôt intéressant pour ceux qui aiment l'artiste et faisaient de cette affaire-là l'événement de cette fin d'année. Avec deux collaborations minimum par chanson, cela relève un peu de l'auberge espagnole mais on passe plutôt un bon moment hip-hop et la production est épatante et magistrale. Pas la peine de faire la fine bouche : il n'y a pas eu beaucoup mieux cette année dans ce genre-là. De là à en faire un chef d'oeuvre, il y a un pas qu'on ne franchira pas. De la virtuosité sans dessein à la hauteur, si on veut être méchant.
Morrissey -; -; édition 20ème anniversaire
On n'a pas attendu 20 ans pour dire que cet album était indispensable et l'un des sommets de la discographie solo de l'ancien leader de The Smiths. En 1991, on trouvait déjà que "Ouija Board, Ouija Board" était une excellente chanson. S.U.P.E.R.
Public Image Limited -;
Cela fait un an que l'album tient sa place sur le Creative. Cela va finir par vouloir dire quelque chose. Rien de tel qu'un petit "Poptones" pour se relancer à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Et puis comme John Lydon vient d'annoncer qu'il différait l'enregistrement du nouvel album de PIL pour s'occuper de son épouse (mère de Ari Up des Slits morte cette année), on n'a pas mieux à se mettre sous la dent.

Pulp -; Autofestival 2002 Le site de la BBC a rediffusé récemment le dernier concert donné par la bande de Jarvis Cocker. On le retrouve en ce moment facilement sur les plateformes de téléchargement. Cela sentait un peu le sapin pour le groupe à ce moment là mais les chansons fonctionnent même dans la désunion. En attendant que Pulp revienne fouler le sol français, cela permet de réapprendre les paroles en douceur.
Stereolab -; Not Music
Le dernier album (posthume) du Stereolab n'est pas loin d'être le meilleur depuis 10 ans. Not Music porte très mal son titre : c'est de la pop solaire et lumineuse comme aucun autre groupe ne la pratique. Le groupe pousse assez loin le travail sur les musiques électroniques, en jouant notamment avec les compositions de Kraftwerk sur "Silver Sands", aussi parfait qu'inattendu. A découvrir absolument pour ceux qui auraient raté ça.
Television Personalities -; A Memory Is Better Than Nothing
Daniel Treacy est toujours en vie et son album avec nous. On a déjà dit tout le bien qu'on en pensait. On le reredit et on souligne tout ça trois fois. TVPs, c'est vraiment bien, en best-of, en compil ou en album original.
The Wedding Present -; Live 88 et Live 89
David Gedge vient de ressortir dans la série des bootlegs qui deviennent officiels, deux double CD (il y avait déjà un live 1987 il y a un an ou deux). Les deux disques se marchent un peu dessus mais la genèse de Bizarro est toujours bonne à prendre. Un CD est consacré à l'expérience ukrainienne du groupe. C'est très bon, si on aime les guitares qui jouent vite et la voix gouailleuse du Gedge d'il y a 20 ans et quelques.

Wavves -;
On a beau l'écouter un peu moins qu'il y a quelques mois, l'album des Wavves s'accroche et s'écoute aussi dans le brouillard et la pluie. Nathan Williams s'est fait chauffer par les flics en Allemagne parce qu'il avait en sa possession un sachet de cannabis. Il ne faudrait pas qu'il se mette en tête de remplacer l'ami Doherty. Trouver du shit sur les membres de Wavves est à peu près aussi difficile que de trouver un journal dans une maison de la presse ou du pain dans une boulangerie.
John Zorn -; In search of The Miraculous
Zorn est à son meilleur lorsqu'il explore les mondes magiques, alchimiques et les sons qui vont avec. Ce nouveau CD en 50 minutes de musique ouvre les portes.... de la perception et vous emmènera jusqu'au bout de l'année en ayant l'impression d'être devenu un Eloim séfarade à haut potentiel spirituel. Sublime.