On aura sûrement tout dit sur Michael Jackson : sa précocité, son talent, son succès, sa descente aux enfers, ses enfants, des enfants, son nez... Il est l'un des plus grands mystères de la musique, tant son numéro de grand huit (succès, chute) aura été vertigineux, dangereux et triste, sa faramineuse popularité aura atteint des sommets rarement vus dans le domaine musical. Thriller sort en décembre 1982 est, et est toujours, l'album le plus vendu de l'histoire avec plus de 100 millions d'exemplaires vendus dans le monde. Les superlatifs pullulent, les éloges pleuvent pour celui qui aura réussi à remettre sur le devant de la scène une culture noire, un peu en retrait des spotlights depuis les années 70. Thriller place sept de ses neuf titres dans le haut des charts, restant 37 semaines en tête des ventes, mais surtout permet à un public de revenir vers le marché de la musique et ainsi relancer l'industrie musicale.
Pourtant, comme bien souvent, le point culminant d'une carrière marque aussi le signe d'une difficile descente de pente. Et celle de Michael Jackson après Thriller sera spectaculaire, sans précédent et forcément sur-médiatisée. Sans aucun doute, Michael Jackson restera la figure numéro 1 des années 80, mêlant tous les éléments nécéssaires pour créer une culture populaire, ralliant tous et toutes à une nouvelle culture, sa culture. Thriller est une petite merveille, avec Quincy Jones aux commandes, qui rend Michael Jackson de 1982 à 1985 indépassable et sera à l'époque la figure artistique la plus importante du monde. Malgré tout, malgré le statut iconique de la star, la personnalité de Jackson prendra les devants. Rétrospectivement (oui, c'est facile), l'image que donnait déjà the King Of Pop à l'époque laissait paraître certaines idées directrices, certaines visions de la société qui causeront la perte de Michael Jackson.
Notamment, sur la chanson et le clip de "Beat It", puis un message similaire relayé plus tard avec "Bad", où Michael Jackson révèle sa vision d'une société non seulement décadente mais surtout violente. Sur les thèmes de la confrontation, du clivage et de l'affrontement, les chansons de Michael varient de la soul-disco et R&B de Off The Wall à une pop plus rock sur Thriller. Le choix d'inclure le rock est significatif, rendant la teinte musicale plus rude, plus hargneuse et combative. Bien que clichés et un poil kitsch (scènes de combat sur fond de chorégraphie), les clips de "Beat It" ou "Thriller" montrent la manière dont Jackson voit le monde, en constante opposition, en constant affrontement les uns des autres, un monde où la réponse que peut apporter Jackson est son art, sa musique fédératrice, ses pas de danse frénétiques, comme lorsqu'il illumine la vie d'un SDF dans "Billie Jean". En soi, cela explique que Michael Jackson ait été l'un des plus généreux donateurs à des oeuvres humanitaires avec 300 millions de dollars de dons. Mais aussi, cela est révélateur du futur renfermement que va connaître Bambi, en proie à une maladive insécurité, un mal-être intérieur qui le ronge et le dévorera. Alors il chantera, dansera, jusqu'à ce que la mort à petit feu qu'on lui connaît et qu'il va connaître s'en suive. Un éventuel retour laisse dubitatif, même si une
surprise en solo ou avec un hypothétique come-back des Jackson 5 comme annoncé par Jermaine Jackson, pourrait encore faire revenir MJ. On a envie d'y croire même si pour nous, Jackson est tombé malade il y a vingt ans, devenant de plus en plus pâle le pauvre garçon, avant de sombrer lentement mais sûrement...
Le Roi de la Pop est mort. Vive le Roi !