Victoires de la Musique 2009 : la chanson française en phase terminale...

01/03/2009 - 20h00
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Victoires de la Musique 2009 : la chanson française en phase terminale...

 

Les années se suivent et se ressemblent pour les Victoires de la Musique : ennui, médiocrité et Nagui à la baguette. Le cru 2009 n'aura pas brillé par son originalité avec un goût tenace de déjà-vu : Johnny Hallyday en hommagé spécial (l'occasion de revoir, en clip, une collection de looks et de coupes de cheveux atroces taillés à travers le demi-siècle), Jean-Loup Dabadie massacré en medley par un quatuor Emma Daumas, Patrick Fiori(ture), Martin Rappeneau et Elodie Frégé, à peine racheté par l'apparition salutaire de Julien Clerc, un Vincent Delerm qui donne l'impression de chanter toujours la même chanson et j'en passe.

 

 

 

Côté palmarès, l'association des Victoires aura rendu un vibrant hommage à Alain Bashung, devenu recordman (du monde !) du nombre de Victoires reçues à travers les âges, et récompensé justement pour son album, son spectacle et en qualité d'artiste masculin n°1. Le Zénith aura passé son temps à clamer son amour d'un artiste accablé par la maladie et dont la voix a souffert pour venir à bout de son "Résidents de la République". Bashung, en souffrance, obligé de dérouler trois fois le manche de guitare géant qui tient lieu de décor à cette fumisterie. Bashung, diminué et acclamé dans un délire morbide et finalement malsain, en tant que dernier représentant d'une écriture qui n'existe plus et qui masque, mal, le désert qui l'entoure.

 

 

 

 

 

 

 

 

Danse avec les chèvres

 

Les jeunes pousses sont rares et les bonnes surprises encore plus : The Do, les Cardigans "français", tiennent leur place avec leur tube "On My Shoulders" efficace mais exagérément allongé sur scène ; Renan Luce, qui a pris du menton, surprend très agréablement (si,si) avec son solide "Repenti". L'outrance et la surenchère sont de mise depuis que Katerine s'est amusé à couper le son l'année dernière pendant près de dix minutes. Arthur H, récompensé, se ridiculise avec la mise en scène foirée (Cartouche, le comédien, en Obama et une Madonna bidon qui sort du gâteau) de son non moins foireux "Dancing With Madonna", tandis que la gêne gagne les premiers rangs. Les BBrunes sonnent toc et, en bons rebelles, remercient d'emblée la... Warner et leur "gentil public". Allez les gars, vous y êtes presque !

 

 

 

Au fil des prestations, on se demande qui va pouvoir créer l'événement et si on n'est pas pris dans une suite confondante de Retour vers le futur, tant le millésime 2009 semble tout droit venu du passé (1970 ? 1960 ?). Alors que le rock international pétille d'initiatives et de choses incroyables, faut-il chercher le meilleur des Victoires dans la récompense reçue par la sympathique Berry, l'une des seules à se la jouer simple et sans prétention ? Cali saute comme un cabri maoiste sous acide, décidé à mettre le feu au Zénith mais se fait voler la vedette par un Damien Saez survolté. Le chanteur à la voix de chèvre-martyre se lance dans la lecture d'un pamphlet anticapitaliste qui fait frémir le bourgeois mélomane. Il faut attendre trois minutes avant que son groupe ne se mette à jouer et rappelle que le jeune homme est à la tête d'une franchise aussi efficace et pertinente que lorsque Bertrand Cantat passait le BEPC. Courageux mais déplacé. Nagui charrie la pauvre Christine Albanel, déjà massacrée la veille aux Césars, qui sourit comme une anémone de mer. Pauvre France.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sefyu, c'est fou !

 

Et puis quoi ? Julien Doré, récompensé à 2 reprises (révélation et clip), cabotine comme il sait le faire, tandis que William Baldé se la joue Laurent Voulzy en compilant sur un mode rigolard un hommage personnel aux musiques black. Bof, bof. Alors que Vanessa Paradis, absente, est récompensée pour le meilleur DVD musical - on rigole -, la chorégraphie impeccable de Martin Solveig, récompensé en électro-dance, vient rappeler qu'on peut être français et un peu classe.

 

 

 

Ceux qui sont partis avant la fin auront raté quelque chose. Dutronc Junior vient cueillir le titre de meilleure chanson de l'année, au nez et à la barbe de ma découverte du soir : Stanislas. Sosie de Robbie Williams, coiffé comme Frédéric Lefebvre, avec la voix de Jean-Pierre François et de Christophe Maé, le chanteur avait, au tout début, ensorcelé l'auditoire avec un titre joué au piano parlant d'un "poitrail coeur ouvert" (un truc de charcutier sûrement) et d'une "fille abandonnée". C'était beau et quasi fantastique.

 

 

 

La fin est proche maintenant et on s'attend au meilleur du pire. Abd Al Malik est dans la place et place son prêchi-prêcha panculturel horripilant ("le rap, c'est l'avenir de la chanson française" blablabla), avant que Sefyu (Sss sss ssseffyuuu) ne débarque avec 150 danseurs en survêt pour défendre l'honneur de la Seine Saint Denis (NTM était rentré bredouille dans la catégorie spectacle de l'année). Nagui ne sait plus où donner de la tête tandis que l'ancien footballeur du Red Star, pas dupe, se demande si on l'a invité pour de vrai ou pour se foutre de sa gueule. Il rappelle, tandis que les premiers rangs surveillent leur portefeuille, que sa musique est aussi une musique française....hé oui, et qu'elle n'est ni... meilleure...ni... pire que tout ce qu'on a entendu avant. Forza Aulnay sous Bois. Minuit trente, on ferme sur un bâillement, en se disant que cette fois, c'est sûr, on ne nous y reprendra pas.

 

 

 

 

 

 

Les résultats :

 

- Artiste interprète masculin de l'année : Alain Bashung - Artiste interprète féminine de l'année : Camille - Album de chanson/variétés de l'année: (Alain Bashung) - Album pop/rock de l'année : (Arthur H) - Artiste/groupe révélation du public de l'année : Sefyu - Artiste/groupe révélation scène de l'année : BB Brunes - Album révélation de l'année : (Julien Doré) - Album de musiques urbaines de l'année : (Abd Al Malik) - Album de musiques du monde de l'année : (Rokia Traoré) - Artiste de musiques électroniques ou dance de l'année : Martin Solveig - Chanson originale de l'année : "Comme un manouche sans guitare" (Thomas Dutronc) - Spectacle musical/tournée/concert : Alain Bashung - Vidéoclip : "Les limites" (Julien Doré) - DVD musical : "Divinidylle Tour" (Vanessa Paradis) 

 

 

 

 

 

 

 

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