
The National - Zenith Paris 2010 - Conversation 16
Saisir un groupe au sommet de son art et en état de grâce n'est pas toujours facile. Comme lorsqu'on photographie les animaux sauvages, il faut être là au bon moment et appuyer sur la détente dans le bon timing, ne pas le faire trop tard, ni trop tôt. The National était vendredi soir, juste dans cet état de maturité où tout réussit, où tout est parfait et sonne comme dans le meilleur des mondes. L'état de grâce, c'est ce à quoi ont pu assister les spectateurs du Zénith vendredi en assistant au concert d'ouverture donné par The National. A quelques heures de la sortie de leur cinquième album, , impeccable, épique et monstrueux de classe, Matt Berninger et sa bande ont joué une heure pleine et entière, en alignant avec une adresse et une force idéales les morceaux de leurs deux précédents albums, et , et du nouveau-né. Après l'ouverture, "Mistaken for Strangers", tout en panache, le groupe a pu sonner la charge avec les titres d'High Violet, "Anyone's Ghost", "Bloodbust Ohio", le magnifique "Afraid of Everyone" et les hisser à la hauteur instantanée des standards d'il y a 3 ans.
Ceux qui faisaient la fine bouche jusqu'ici sur la foi des versions pirates d'High Violet ont du rendre les armes : les compositions que d'aucuns trouvaient molasses, s'animent en live comme jamais, atteignent des sommets d'évidence mélodique, de sensibilité affective et aussi de conviction sonore. La voix de Berninger est impressionnante de densité, module quelques cris qui agitent le monolithe somptueux d'High Violet sans en contraindre, ni en soumettre la détermination. Ce qui passait parfois pour de l'atonie se révèle nuances. Les cuivres réhaussent à peine ce qui doit l'être, soulignant ici ou là quelques enluminures sauvages. Quelques vieux morceaux s'intègrent dans ce set qui alterne les séquences "émotion" et les séquences plus rock, le tout étant confondu dans une musique aérienne... plombée du dedans par la dépression, l'introspection et le questionnement existentiel d'un monde absurde. "Squalor Victoria" est un joyau. "Fake Empire" est point d'interrogation posé à la surface du coeur. Que dire alors de la pépite noire du nouvel album, "Conversation 16", au titre qui a mué et au génie imparable ? Les frères Dessner commandent le groupe au petit doigt. Berninger descend dans la fosse posé sur un nuage blanc pour "Mr November". Le reste défile comme dans un rêve fait pop : "England", souverain et bravache et puis "Terrible Love" qui sonne fort et ample comme une vague de fond. The National remercie Pavement, le mojo entre les dents. Pavement remerciera un peu plus loin The National, si bien qu'on ne sait plus qui doit quoi à qui. High Violet est un grower, comme on dit, un album qui découvre ses charmes au fil des écoutes. Sur scène, il se donne dans toute sa beauté et de manière instantanée : c'est ce qu'ont pu voir et entendre les spectateurs du Zénith vendredi soir. Avant, pendant et après Pavement, The National sous toutes les coutures.

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