
Pavement - zenith 2010 - Grounded
Comme dans un rêve indé, Pavement succède à The National. Pavement a été, sans le savoir, le plus grand groupe du monde. Cela se passait quelque part entre 1992 et 1994, et personne n'en savait rien. Le groupe a voulu réclamer son titre quand il était trop tard et s'est évaporé sur . Dix ans plus tard, sur la scène du Zénith qui accueillait donc, en unique date française, Stephen Malkmus et les siens en configuration reformée (les mêmes avec un Malkmus intact, des kilos en plus et des cheveux en moins pour les autres), il n'y avait que leurs chansons qui s'en souvenaient. Pavement n'est plus un groupe de rock, juste un groupe d'amis (ou de connaissances) qui courent après le temps perdu pour le plaisir et pour l'argent mais qui a lu tous les livres d'histoire du rock par la tranche. Pavement est un groupe qui sait jouer, même si, pour faire bonne mesure, il continue de planter ses démarrages. Pavement est un groupe qui peut mettre sur la table un nombre impressionnant et enviable de chansons à tomber à la renverse. Relax ou pro ? On n'aura jamais la réponse. Grand groupe de scène, ce soir là, ce qui est certain, même vieux, même morts.
On pourra gloser sur l'attitude de Stephen Malkmus, campé sur la gauche de la scène, et qu'on avait vu, ces dernières années, beaucoup plus joyeux et impliqué avec ses Jicks. Malkmus qui joue ses solos à 2 doigts et qui ne force pas son talent. Malkmus qui tire une moue affligée quand il entame "Summer Babe" ou ironise sur "Cut Your Hair". Malkmus qui, au bout d'une heure, interroge ses collègues d'un "What's left ?" qui dit ce qu'on veut lui faire dire. Malkmus qui fait le boulot et chante comme un Dieu en ouvrant à peine la bouche. Ce type a composé des chefs d'oeuvre, des faces A et B, qui auraient pu changer la face du rock. Si le groupe n'y est plus pour personne, les chansons font tenir le concert debout et suffisent à emballer n'importe quelle oreille. Bob Nastanovitch est affûté comme un éleveur de chevaux et a fait une razzia de bidules en bois qui raniment les chansons une à une. Spiral Stairs a une casquette de papy mais tient sa place. Ibold joue de la basse qui ne sert à rien. Malkmus fait le reste, c'est-à-dire à peu près tout.
Il est comme à l'entraînement. Mais un entraînement qui ressemble à une finale de coupe du Monde. Le groupe balaie sa récente compilation et démarre sur les chapeaux de roue : "Frontwards", "Silent Kit" (une tuerie que Malkmus chante en guise d'échauffement), "Stereo", "Gold Soundz". Le reste est à l'avenant : des titres qui font rêver et que le groupe exécute à la perfection, sans rien proposer de nouveau parce qu'on n'ajoute rien à la perfection. Celui qui rajoutera une note utile à "Shady Lane" ou "Grounded" n'est pas encore né. Tout est bien comme il faut. Kannberg place par contrat (?) 3 titres maison qui ne font jamais que souligner le génie de son leader. Bob assure la communication. S.M se la ferme et joue. "Fight This Generation" bénéficie d'un embryon de relecture que personne n'osera mener jusqu'au bout. Pour le reste, comme ils le disent eux-mêmes, c'est "bienvenue en 1992", 1993, 1994, et 1999 pendant 1H45. "Spit On A Stranger" est une bonne chanson. La setlist n'est pas surprenante, juste excellente. On passe un bon moment et on oublie ses réserves. Retour vers le futur. La musique de Pavement est plus forte que la somme de ses membres et que leur soustraction. Malkmus est comme Brian Wilson. Il sera encore magique 6 pieds sous terre et complètement gaga.
On voudrait simplement être présent à chaque fois que ces chansons là seront de sortie. Les entendre encore et prendre un verre avec elles. Pavement est là pour ça, rien d'autre.

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