
C'est le petit groupe qui monte qui monte en ce moment. Avec leur troisième album, l'excellent The Besnard Lakes Are the Roaring Night, les Montréalais canadiens sont en passe de franchir une étape supplémentaire dans la reconnaissance critique. Leurs guitares sont toujours aussi affûtées, entre My Bloody Valentine des débuts et Ride balbutiants, Mogwai sous tranxène ou je ne sais quelle perversion shoegaze, The Besnard Lakes proposent une musique mi-électrique, mi-atmosphérique qui a aussi de faux airs de Hood, bucolique, aérée mais tendue vers la tempête sonique. Organisé autour d'un mari, Jace Lasek, et de son épouse, Olga Goreas (on se demande pourquoi ils n'ont pas le même nom, tiens, tiens !), The Besnard Lakes évoque dans ses chansons un univers fait d'intrigues et de voyages, un monde à l'agonie dont la description démarre par une retransmission radio perdue et qui évoque la fin du monde.
Etrangement, sur cette nouvelle livraison, chaque auteur (l'homme, la femme) a composé dans un unique fil narratif. Jace parle d'un ancien espion qui a travaillé en période de guerre et qui depuis s'est retiré des affaires pour devenir musicien. Sa femme a choisi de chanter et de composer sur un fil plus autofictif. Les compositions sont parfois longues, toujours intrigantes et comme hantées par des fantômes. Certains reprocheront aux Besnard Lakes de ne pas introduire suffisamment de perturbations et d'accidents dans leurs compositions. Tout est bien ordonné, presque désolé. Le son est léché mais tout de même parcouru par de sévères vagues électriques qui les distinguent très nettement de la vague mélodiste type Arcade Fire qui avait fait son trou il y a quelques années maintenant dans une veine plus classique. Cela vaut même si le groupe, pour cet album, a trouvé bon d'enrichir son son d'une guitare 12 cordes, de flûte et d'un mellotron. Le résultat est plus propret sur "Light Up The Night" par exemple mais donne une texture et une profondeur tout à fait singulière et envoûtante à des morceaux comme "Albatross", le single, qui n'a rien à voir avec l'Albatros de Public Image Limited, ou "Land of Living Skies Part 2". Les chansons d'Olga ont parfois de faux airs des titres des Pixies chantées par Kim Deal. On est à ce niveau là avec The Besnard Lakes, la rage en moins.
The Besnard Lakes - Albatross - clip amateur
The Besnard Lakes - This is what we call progress - Live 2010