Sufjan Stevens réussit le comeback de l'année

13/12/2010 - 10h29
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Sufjan Stevens réussit le comeback de l'année

Sufjan Stevens - Age of Adz live - Toronto 2010

Comme nous ne sommes pas très malin, on a oublié de buzzer cette année autour du retour de Sufjan Stevens, l'Américain au grand (et gros) coeur, disparu depuis plus de 5 ans, de la scène musicale. C'est sans doute un peu tard pour ça, tout le monde sur la blogosphère et dans la presse magazine s'en est chargé alignant les superlatifs qui feraient rougir n'importe quel moine bouddhiste et présentant son nouvel album, , comme l'un des meilleurs albums de l'année. Pourquoi n'en avoir pas parlé avant ? Pourquoi ne pas avoir dit, comme tout le monde, ce qu'on pensait de ce retour royal d'un jeune magicien de 35 ans ? Tout simplement parce qu'il y a des albums (créés dans la difficulté et la recherche pendant 5 ans) qui méritent sûrement qu'on les digère un peu mieux que d'autres, qui méritent qu'on les laisse tourner plus longtemps que d'autres sur la platine (CD). The Age of Adz fait évidemment partie de ces albums.

 

Il y a ceux (disons de Michael Jackson, écouté et critiqué dans la même journée) sur lesquels on peut se forger un avis (solide?) très rapidement et les autres. Les albums de The Flaming Lips sont souvent de cette trempe, ceux des brillants The Antlers également. Sufjan Stevens fait partie de cette catégorie.

 

Si l'imminence de nos rendez-vous annuels aux classements et aux tops n'approchait, on se serait encore bien gardé d'ouvrir la bouche pour ajouter au concert de louanges. Mais The Age Of Adz est solide, stupéfiant, surprise, et d'une imparable beauté. Ce ne serait pas juste de l'exclure de notre top de fin d'année au motif qu'on aimerait le garder au secret (éventé) pendant encore quelques mois. Très différent de son EP Delighted People, sorti l'été dernier, et qui regroupait des chansons à dominante acoustique folk, le nouvel album de Sufjan Stevens est un délice pour les oreilles, constellé de trouvailles électroniques, lesquelles viennent sublimer des structures pop mélodiques classiques. La voix, souvent à contretemps des arrangements, réussit (parfois aidée par des machines) des prodiges derrière tout ça, toujours fluette et fragile, mais sûre d'elle comme le filet de chant d'un oiseau lyre. L'Américain réussit un mélange hallucinant de boucles, de flûtes, de synthés, montés parfois en mini-symphonies, qui suggèrent Un Monde Meilleur. 

 

Etrangement, et alors qu'on l'a comparé à la planète entière, il nous est de plus en plus facile de voir Sufjan Stevens comme l'héritier moderne de Brian Wilson, toqué, chambré, allumé, tant la minutie et la précision se dégagent de ses compositions. Il semble (est-ce une impression?) que rien n'est laissé au hasard ici, alors que le sentiment général donné par la musique est un sentiment de liberté absolue, d'allégresse (mélancolique) et de vol plané permanent. Le dernier titre "Impossible Soul" de l'album tutoie les vingt minutes. D'aucuns le diront prétentieux, mais c'est aussi une leçon d'ambition et de haute voltige qui rappelle la beauté du O'o (cet hommage magnifique à l'oiseau disparu) de John Zorn, sorti en 2009. Avec ces deux là, et sur ces pièces là, on a vraiment l'intuition d'écouter une musique céleste, si tant est qu'elle existe.

 

Album studio par excellence, on se demande s'il est la peine vraiment d'aller voir le jeune homme sur scène. La question ne se pose pas encore puisque Sufjan Stevens a décidé d'entamer sa tournée mondiale (après les USA et le Canada), en janvier et février par l'Australie et la Nouvelle Zélande, mais cela pourrait arriver très vite.    

Sufjan Stevens - Impossible Soul - Live 2010 octobre

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