
A ma gauche : Fat Jon, rappeur US, poids moyen du crew Five Deez. Il s'est notamment illustré au côté de Pole (rarement un site officiel aussi ZEN), a électrisé de quelques couplets le thème de Samourai Champloo quand il ne compose pas de la musique-pour-baiser sous le pseudonyme Maurice Galactica. Un aperçu de son travail se terre sans surprise chez myspace.A ma droite : Styrofoam, sorcier électro pop belge, catégorie mi-lourd, membre de l'écurie teutonne Morr Music (chez qui s'ébrouent les échines de Lali Puna, Notwist, Opiate, B. Fleischmann...) aux bidouillages apaisés et autres mélodies faciles.Le choc attendu ne se produit finalement pas sur leur effort commun, "The Same Channel". Comme le laisse entendre le titre (que l'on tordra volontiers dans sa traduction en "la même longueur d'onde"), nos deux compères ont déposé les gants de boxe pour tourner les potards de leurs machines, et explosent leur pads de boîtes à rythmes plutôt que de s'enfoncer les doigts dans les orbites. Ca donne une grosse poignée de titres où le fond syncopé du hip hop s'accomode fort bien de sa forme electronica. La rencontre n'est pas sans rappeler le clash Notwist / Themselves, qui avaient tout déchiré il y a deux ans avec le projet 13&God (un disque que je ne saurai que trop vous recommander !).C'est d'ailleurs cette comparaison qui éclipse partiellement la réussite de "The Same Channel". Sans renouveler l'inventivité folle d'un rappeur comme Dose One, Fat Jon assure les couplets de son flow posé, parfois rehaussé d'une touche d'agressivité contenue. Mais les interventions de Styrofoam au vocoder sont un peu trop systématiques (refrain, refrain, refrain...) et simplistes mélodiquement : au final elles ternissent quelque peu les compositions du duo. Cependant, le disque reste relativement passionnant d'un bout à l'autre, alternant les climats sombres (un trip hop sous respiration artificiel avec "The Middle") aux morceaux sautillants ("Scream It Out", léger et dansant, ou l'ouverture sur les chapeaux de roue avec "Acid Rain Robot Repair"). Les textures futuristes et kitchs - les synthétiseurs sont assumés, ma foi ! - s'inscrivent parfaitement dans la "morr music touch", une musique sans grandiloquente prétention, et voilée de cette mélancolie que l'électronica originelle a toujours prodiguée.Loin de se contenter d'un single gentiment bizarroïde au clip drôle (tient tient, le début me fait penser au dernier clip de Console... mais la comparaison s'arrête là !), le disque poursuit l'édification d'une pop moderne et subtile, forgée dans une matière électronique étoffée et brillament rimée.Styrofoam & Fat Jon - The Same Channel (Morr Music)