
Deuxième album du DJ, producteur prodige de Philadelphie, Starkey, Ear Drums And Black Holes, fait partie des albums attendus de cette année 2010. L'album qui ne sort que le 10 avril a déjà leaké depuis longtemps sur le net et semble échapper au contrôle de la Planète Mu, la célèbre franchise électro à laquelle Starkey appartient. Sans être un as du dubstep, du grime et des autres sous-courants qui sont issus de la scène garage ou speed garage (bonjour les chapelles), on peut dire que cet album risque de diviser les spécialistes mais aussi de représenter une véritable porte ouverte sur ce monde encore un peu obscur (et inquiétant) pour le grand public.
Alors que son album précédent, Ephemeral Exhibit, était un véritable classique du genre, chargé en basse et en bpm, Ear Drums and Black Holes donne l'impression de bouffer à tous les râteliers et de faire le grand écart entre les genres. Le disque est marqué par des collaborations qui étaient quasi inexistantes jusqu'ici chez Starkey et par l'apparition de voix d'hommes (P Money) ou de nanas sexy (Anneka). Ces morceaux sont plus mainstream que ce que Starkey avait fait jusqu'ici et sacrément emballantes pour ceux qui ne sont pas des fétichistes du gros son. Les voix sont triturées, vocodées un peu bizarrement, tantôt rap, tantôt soul, tantôt gloubiboulgesques. Le résultat est curieux, pas toujours convaincant mais souvent intéressant tout de même. A côté de ces morceaux qui structurent l'album, Starkey fait une sorte de remplissage en bourinant des basses à tout va. Les synthés sonnent un peu vintage n'importe quoi et on se situe souvent, dans les instrumentaux, entre le génie du son et la tentative de séduction un peu facile. Il n'y a rien de plus simple en effet, pour qui s'y connaît un peu en la matière, d'emmener son monde en faisant claquer des breaks bouclés et qui puent du bec. Starkey ne résiste pas, sur certaines séquences, à la facilité. Cela n'empêche pas, sur ce qu'on l'a écouté, de faire de Ear Drums and Black Hole, une assez bonne introduction, sexy, roublarde et drôlement intelligente, vers l'univers du dubstep. L'album fait se taper la tête contre les murs, bouger les pieds en automatique et battre le coeur comme si on épousait un aspirateur à beats.
La loi du genre veut du reste que tout ce qui nous parvient (à nous les profanes) de la scène garage est déjà en voie d'atrophie par rapport à la ligne pure et dure du mouvement. C'est ainsi et ce n'est pas une mauvaise chose. Starkey fait l'affaire. On n'en demande pas tant.
Starkey - Dark Alley
Starkey - Neck Snap