Ringo Starr : Liverpool 8 ou la revanche du batteur

04/02/2008 - 13h00
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J'ai beau avoir longtemps été de ceux qui, pour se rendre intéressants, prétendaient que Ringo Starr était le vrai patron des Beatles, devant Paul, John et George, il faut se rendre à l'évidence : Ringo n'était pas le plus doué des 4 pour écrire des chansons. Il est de notoriété publique qu'il n'était même pas le meilleur batteur du groupe, mais c'est une autre histoire. , son album solo, a été lancé à grand renfort de publicité autour du concept "Liverpool, capitale européenne de la culture", et d'un mégaconcert où l'on pouvait aussi entendre (on n'ose pas imaginer la chose en Sarkozie) Ian Mc Culloch et ses hommes-lapins en vedette américaine. 

Liverpool 8 (qui désigne un quartier de l'ancienne cité industrielle) est un album "à la manière des Beatles" qui ne pèse évidemment pas bien lourd comparé aux travaux des "originaux". Il ne doit pas, pour autant, être méprisé et pourrait avec un peu (beaucoup) d'indulgence rivaliser, sur ses bons moments, avec les travaux d'un McCartney de plus en plus cabotin. L'album s'ouvre sur un "Liverpool 8" particulièrement réussi (c'est le meilleur titre des 12) qui raconte rien moins que l'aventure des Beatles. Ringo parle de son attachement à la ville, du départ des Fab Four pour Hambourg et des années de jeunesse. C'est tendre, nostalgique et naïf à souhait mais c'est formidablement bien fait et emmené, suffisant en tout cas pour renforcer le batteur dans son personnage de héros modeste et campé sur sa normalité. La suite est moins folichonne : Ringo n'est pas un mauvais chanteur, loin de là, mais ses goûts le portent vers ce qu'on appelle souvent avec mépris le rock FM. "Think About You" est bizarrement défigurée par une guitare électrique envahissante et une batterie pataude. "For Love" fonctionne à merveille mais manque de subtilité, ce qui n'est pas tout à fait le cas du beau "Now That she's Gone away", histoire ultrabanale d'une rupture amoureuse qui laisse le pauvre Ringo exsangue dans un vieux pub de la ville.

 

 

 

Malgré les efforts louables de production (sur "Gone are the days" par exemple ou "Tuff Love"), une bonne moitié des chansons sont rattrapées par un côté rétro désagréable qui, entre le son à la Clapton ou celui d'un Genesis, les ramène sur terre et leur donne quelques décennies de trop. "Give It A Try", "Pasodobles" en mode quasi acoustique ou le jazzy "Harry's Song" viennent égayer une seconde partie d'album plus dépouillée et émouvante que la première. Ringo termine en beauté avec un superbe "Love Is Here" où sa voix de basse fait merveille. Un violon fait pleurer de tristesse tandis que l'ancien batteur vient saluer le retour de l'amour en sa chaumière avec de faux airs de torch singer. On passera sur la pochade bluesy "R U Ready" qui vient clore l'album pour ne retenir que l'essentiel : Ringo Starr est avec Mc Cartney l'un des deux Beatles survivants. C'est un homme épatant, un heureux veinard comme il le dit lui-même et un musicien accompli. Son album est l'un des plus beaux cadeaux que l'on puisse faire à... son papa pour fêter le quarantième anniversaire de mai 68 ou, à soi-même, pour se donner la conviction qu'on peut être et avoir été.

 

 

 

PS : pour ceux qui se posent la question, Ringo Starr a aujourd'hui...67 ans, soit 2 de plus que le dernier Beatles survivant.

 

 

 http://www.ringostarr.com/

Par Benjamin Berton
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