
Au fil des années, on s'était habitué à sacrifier un samedi soir pour assister au spectacle à rallonge d'une chanson française à l'agonie, en rire et en pleurer. Du coup, à l'entame de cette cérémonie des Victoires de la Musique soi-disant remaniées, un mardi soir (snif, alors que M6 rediffusait un bon Maison à Vendre), on serait presque nostalgique de ces mornes soirées passées à se boucher les oreilles. N'aurions-nous pas dû nous réjouir ? La Direction de France 2 avait enfin répondu à nos appels répétés. Ouste les musiques urbaines pour les loulous de banlieue, les Noirs et les Arabes, David Guetta et les coupes au bol, les musiques world et toutes les conneries ethniques où on finit toujours par récompenser Abd Al Malik à la fin. Bye bye Nagui, bonjour Marie Drucker
Fini l'album rock au rabais et les distinctions pour les jeunes où il n'y a que des vieux qui votent. Bienvenue dans un Palais des Congrès enfin entièrement dédié à la variétoche et aux grosses cylindrées. Allait-on voir Johnny et sa nouvelle prothèse ? Sardou et son petit cou ?
Heureusement pour nous (et notre job), 10 minutes étaient à peine passées qu'on était déjà rassuré sur la tournure des événements. Nagui disparu, Marie Drucker récupère le sac à mauvaises blagues, fait signe à maman et s'installe aux manettes, ayant semble-t-il hérité du gène de coucou familial. A ses côtés, Aline Afanoukoé assure le passage des plats et quelques interviews insignifiantes que Fifille recouvre de ses lancements branques. Ne quittez jamais votre siège : il y aura toujours un Drucker pour s'asseoir dessus. - Elle est avec qui maintenant, déjà Marie Drucker ? Quelqu'un qui a couché avec Marc Lévy et François Baroin (en même temps?) ne peut pas être complètement mauvais et puis est-ce bien raisonnable de porter des cheveux aussi longs à cet âge. Ma mémé trouve que ça fait sale.
Au moment de présenter les huiles gouvernementales et télévisuelles, Fifille lance un bizarroïde "Gardez vos réflexions pour vous" destiné à faire taire les sifflets que d'aucuns avaient encore sur le bout des lèvres. A cette occasion, elle salue Jack Lang et met sur le même plan audacieux (et sarkozyste) le prix unique du livre et la ristourne de 50% accordée aux djeunes par Fifi Mitterrand. Rappelons que la ristourne reste intégrale sur les bons sites habituels et que personne n'a jamais eu ne serait-ce que l'intention d'acheter cette carte imbécile en dehors du 6ème arrondissement. Y'a bon sousoupe à son papa.
Soirée sans surprise, ni relief
Vision d'horreur à l'ouverture : "Mais c'est bien sûr, z'ai cru entendre Maurane !" Ouvrir une cérémonie REMANIEE avec Maurane, il faut le faire. Elle est là, sublime, tout de noir vêtue, mince comme une pile LR12 avec des pieds. Il y aussi Nolwenn Leroy et c'est un hommage à Jean Ferrat.
Puis l'horrible Zaz, "Je Veux". La dernière fois que je l'ai entendue, je me suis planté dans ma liste de courses au Lidl de Saint Saturnin. Cette fille tape sur les nerfs et n'a rien de sympathique. Après ça, Gaëtan Roussel, qui a gagné le droit (album rock... sur le câble, puis artiste masculin de l'année) de chanter sur la grande scène, passe pour un authentique Beatles de l'Hérault, Biolay le seul héritier possible et vivant de Miossec et Stromae le croisement abouti entre Brel et Mike Skinner de The Streets. Au passage, le Belge (avec Biolay peut-être au piano voix) signe la seule vraie prestation digne d'intérêt de cette soirée globalement sans surprise, ni relief. Le défilé des dinosaures se poursuit en pilotage automatique avec Jean-Louis Aubert, Bernard Lavilliers (un peu classe tout de même), Maé qui cabotine comme un chiot de haillon arrière, Schmoll (meilleur spectacle ex-aequo avec l'affreux M à Versailles) en roue libre rock n'roll, le pantomime grotesque Ben L'Oncle Soul qui se serait fait jeter de n'importe quel peep-show de la Nouvelle Orléans 80 ans plus tôt ou encore le pauvre Calogero embarqué dans un hommage à la "liberté des peuples arabes". Katerine décroche le prix du vidéo-clip avec sa "Banane" mais ne fait pas le déplacement.
Victoire de l'anodin pour Gaetan Roussel
La soirée culmine à sa façon avec un medley hommage à Gainsbourg d'anthologie réunissant le squelette de Jenifer, le baggy en slip de Christophe Maé, un sosie de Mick Jagger et Coeur de Pirate qui s'abîmera dans une "Vieille Canaille" à se faire péter la Gitane Maïs. La cérémonie s'arrête ensuite pour refiler à l'insipide Yaël Naïm le prix de l'artiste féminine de l'année où elle coiffe (dieu, merci) la sublime Vanessa Paradis, absente elle aussi.
C'est enfin Abd-Al-Malik qui débarque aussi insupportable que d'habitude, avant que les derniers prix ne tombent. Les spectateurs récompensent le Ginger de Gaetan Roussel qui, avec ses trois Victoires, devient le grand homme de cette cérémonie avec sa pop délicatement engagée à gauche et qui ne casse pas trois pattes à un hanneton. Comme il fallait s'y attendre, les gogos de spectateurs choisissent aussi de récompenser l'insupportable "Je Veux" de Zaz en chanson originale de l'année, ce qui donne une excellente idée du niveau général de la chanson française : médiocre, festive et anti-crise.
Avec Stromae, Zaz et Roussel et à des degrés moindres, les Victoires auront eu le mérite de sceller la déconnexion de la musique française avec la sinistrose ambiante et de consacrer dans la légèreté son manque global d'intérêt. Même s'il a composé pour Bashung, Roussel marque une forme de dégringolade insensible dans l'art de la composition et la victoire de l'anodin. Avec un hymne de supermarché ("Je Veux"), une soupe transworld (Naim) et un ludion ahuri (l'Oncle Soul), on tient un beau carré d'as. L'année prochaine risque d'être bien pire.
Voir aussi :- Victoires de la Musique 2010 : l'horreur près de chez vous- Victoires de la Musique 2009 : la chanson française en phase terminale...- Les versions françaises des stars internationales
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