
Puisqu'il fallait le faire, j'ai regardé, cette année encore, les trois heures du concours de l'Eurovision. Lancée en 3ème position, soit très tôt dans la soirée, notre représentante nationale Patricia Kaas, glissée dans une luxueuse demi-robe de satin noir, maquillée avec un bout de charbon de bois et donnant l'impression de chanter avec une boule coco dans la bouche, n'a pas pu faire mieux que ses prédécesseurs. Distancée d'emblée au classement, lâchée par les pays de l'Est qui étaient censés l'idolâtrer (on se disait bien aussi qu'on n'avait jamais entendu parler de cette passion secrète des Soviets), Patricia Kaas échappe à l'humiliation en terminant dans la première partie du classement (8ème) mais laisse la victoire (écrasante et quasi unanime) au pâle représentant Norvégien, sorte de mélange inabouti de Yann Tiersen et d'André Rieu accompagné par des choristes idiotes. Alexander Ribak bat le record de points obtenus par un vainqueur et confirme les pronostics des bookmakers britanniques. La France s'interroge : un zéro pointé du Portugal, des votes étranges alors que les sondages réalisés auprès des publics européens nous donnaient parmi les favoris. De Carolis nous aurait menti ?
Kaassée !
Contrairement à Tellier qui avait joué la carte du décalage (et du ridicule), Kaas a pris son rôle très au sérieux et aligné une performance solide flairant bon la France de carte postale et le Président Pompidou. Attitudes empruntées à la Môme Piaf, sèche et plantée sur scène immobile, Kaas a sorti sa voix des grands soirs pour un titre d'une sobriété terrifiante : vibratos de PMU, zébrures d'accordéon et émotions saturées soulignées au bazooka par l'interprétation. Son "S'il fallait le faire", sacrificiel et à la démesure brelienne, était sûrement un peu trop sévère et plombant pour l'occasion. La modernité du Norvégien aura fait la différence. Kaas était taillée pour remporter le concours en 1979. Difficile de faire valoir ses droits trente ans plus tard, quand la daube europop, les seins à l'hélium, la guimauve Dion-ique ou la technoworld font la loi.
La pop qui avait fait jadis les beaux jours du concours a quasiment disparu, au profit d'un revival des musiques traditionnelles moulinées moderne par des productions stéréotypées. L'Azerbaïdjan insupporte, la Moldavie fait regretter l'URSS et ses chars, tandis que l'Arménie mêle world et rayons verts du meilleur effet. La Russe abandonnée par Raspoutine dans un fauteuil s'égosille comme à la parade. Les prestations décalées ne sont plus en odeur de sainteté : la compétition est ouverte et tout le monde y croit. Oreilles fragiles s'abstenir. Que retenir de remarquable ici ? La Beyoncé du Bosphore a la paupière Loana qui tombe mais des hanches amoureuses. Un Klaus Nomi suédois déguisé en fille, et probablement coupé dans l'adolescence pour passer les contrôles anti-dopage, une Portugaise flamenquiche plutôt agréable et moderne, un grand clubber grec à la chemise entrouverte réclamant vraisemblablement qu'on lui élargisse le fondement. L'Eurovision a depuis longtemps un côté camp. Il faut voir le candidat américain recruté par l'Allemagne pour le croire : pantalon en alu à facettes, danseuses style cabaret soutenues par Dita Von Teese herself et faux airs de Ricky Iglesias.
Zzzz !! Le mauvais cru 2009
L'Islandaise s'éclate le gosier tandis que des dauphins sont projetés sur un choeur de maquereaux en flanelle débarqués de la Croisière s'amuse. Il faut se farcir les commentaires insipides (une blague minable sur la pizza Regina, nom du très new wave candidat Bosniaque) et assez peu inspirés de Julien Courbet et Hanouna, tandis qu'une patate rousse maltaise fait la Castafiore. Le Danois Brink aligne un "I Want To Believe" qui n'est pas si mauvais vu le contexte. Et puis quoi d'autre ? Coup de fatigue vers 22h30 malgré le spectacle surréaliste donné par l'Albanie : Ariel, la fée de la Tempête, 16 ans s'envoie en l'air avec un Fantômas SM et des gorilles lutins. Qui dit mieux ? Le violoneux norvégien présenté comme un favori est décevant. L'ugly Madonna ukrainienne est si vulgos qu'elle ferait passer l'originale pour Nana Mouskouri. La sélection est aussi mauvaise que sans relief. Moscou s'ennuie et on traverse en zombie la pénible demi-heure qui mène aux votes. Le cru 2009 est un cru ennuyeux et sans grand intérêt : les amateurs de variétés et les cyniques repartent déçus. Pas de groupe métal ou grand guignol pour se fendre la pêche. 2 points. 3 points. 7 points. Kaas ne parvient pas à claquer les gros scores et émarge à chaque fois dans le ventre mou. Karamba ! Encore Raté ! Vivement les Victoires de la Musique ! L'année prochaine, on envoie Carla Bruni ou bien Alain Bashung.
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