
La sortie du nouvel album de Diam's est un événement médiatique autant que musical. Un retour réussi, pour la rappeuse, expliqué en 5 points.
Diam's a choisi d'organiser elle-même la pénurie en refusant les interviews et en n'apparaissant dans les médias qu'à ses propres conditions : 1ère séance dans X Factor, Grand Journal, apparition tardive sur la 3, Taratata et saut de puce chez Drucker pour un spécial Aznavour. C'est à la fois conséquent et trop peu pour quelqu'un qui avait multiplié, lors de sa précédente séquence médiatique, les interviews, causeries et autres manifestations. Malgré tout ça et à cause de ça, le de Diams est sans conteste l'album de rap français le plus discuté de ce mois-ci (de l'année ?), devançant très nettement sur ce plan le de Kool Shen, autrement plus consistant tout de même. Si Diams est l'objet de toutes les attentions, c'est tout simplement pour les 5 raisons suivantes :
1. Parce que c'est une femme et qu'une femme qui rappe, en France, c'est inhabituel
On peut aligner les noms et tester ça autour de soi. Il est à parier que Diams est la seule rappeuse française connue du grand public. Qui connaît Princess Anies, Bam's, Casey, Sté ou Lady Laistee ? Si on parle de Diam's, c'est parce que "les gens" et les jeunes en particulier préfèrent généralement les chanteuses aux chanteurs (voir la Star Ac et autres nouvelles stars) et que Diams est la seule chanteuse du genre sortie du néant des musiques urbaines.
2. Parce que ça change de Joey Starr : aussi
Dans un univers de blanchettes où le rap reste associé aux bad boys, aux blacks à chaîne, aux bagouzes, et aux cités, l'assez peu féminin de Diams offre une alternative séduisante qui officie quelque part entre Grand Corps Malade (une telle fille ne peut pas faire de mal) et Mc Solaar (le côté délicat). Diams, et cela devrait s'amplifier, présente une image morale du rap qui gagne pas à pas du terrain avec les années. La face émergée du mouvement avec le glissement progressif du NTM via Kool Shen vers des positions plus responsables est désormais sous dominante daisy age, relatif, mais daisy age tout de même.
3. Parce qu'elle a soi-disant viré islam radical

C'est l'argument médiatique n°1 qui permet aux tabloïds de faire leur beurre. Diams aurait viré intégriste d'après quelques photos parues dans la presse il y a quelques semaines. Elle porte effectivement le voile sous la casquette (étrangeté s'il en est) et a, semble-t-il, modifié sa pratique religieuse après quelques déboires personnelles (une histoire avec un homme marié notamment). SOS est accompagné par une histoire sublime (vrai ou fausse) de décadence, de princesse trompée et de descente aux enfers. La mini-séquence passée inaperçue à la Amy Winehouse de la rappeuse vedette fait son effet. J'ai des emmerdes, je rame et je me tourne vers Dieu. Je reviens en winner. Ca vous rappelle quelqu'un ? Georges W. Bush en plus petit et en chypriote. Convaincu ? Si on ne savait pas que c'était la vraie vie de Diams, on se dirait qu'elle a eu recours à un atelier d'écriture. Pour ceux qui ont craint pour sa liberté de pensée, les mentions de sa "religiosité" dans l'album sont assez discrètes. Son discours ne s'est pas changé en un discours pro-religieux ou ultramoral. Diams a juste bougé les lignes concernant les rapports hommes-femmes et condamne plus directement une certaine modernité matérialiste (un classique du rap)
4. Parce qu'elle ne parle pas
On n'y revient pas. Le refus de s'exprimer reste dans notre société le moyen le plus sûr de faire causer de soi. On dit : bien joué. Le discours : "je ne parle plus aux médias parce que j'ai trop donné et souffert avant, je cherche à me protéger" rappelle évidemment la rhétorique sarkozyste. C'est assez amusant, paradoxal et évident. Les victimes sont des victimes parce qu'elles sont les meilleures coupables.
5. Parce que son album est bon

C'est malheureusement le point 5 pour beaucoup mais SOS est un album de rap français assez bien torché. Diams en rajoute un peu dans le misérabilisme, chante avec un accent urbain à couper au couteau, comme si elle avait en permanence un escargot ou une couille de mouton dans la bouche, mais s'y connaît en écriture rap. Les arrangements sont soignés, les beats sont convaincants et dans la lignée de ce qui se fait de mieux dans l'Hexagone.
L'album lui-même embarque plusieurs chansons impeccables comme le "Mélanie" d'ouverture où Diams dialogue avec son inspiration (très bon), l'introspectif "I Am Somebody" (bien mieux que le single au demeurant). "Dans le noir" ou "Coeur de bombe" font également mouche dans des registres différents. D'une manière générale, Diams se donne ici à "coeur ouvert" comme on dit, revenant sur une période difficile de sa vie, faite de déceptions, de doutes et de souffrances. Ces moments là font généralement de bons disques : ce qui est le cas ici. On pourra évidemment épingler ces sempiternels mêmes défauts du rap français : des titres sans épaisseur ou aux textes lourdement démonstratifs comme "L'honneur d'un peuple" ou "Rose de bitume". L'un dans l'autre, Diams confirme qu'elle est une artiste majeure de cette scène-là. Elle a des choses à dire et les crache plutôt bien. Si nous vivions dans un monde parfait, on ne retiendrait évidemment que ça.
Diams - X Factor - les Enfants du désert