On ne devrait pas plaisanter avec les affaires d'Etat mais nous sommes ici dans le blog musique et comme nos amis du blog foot n'ont pas tenté l'explication (même pas pour rire, aucune réaction de ce type, nulle part, où est Coluche, bon sang ?), il faut bien qu'on s'en charge. Tout le monde sait donc que la Marseillaise a fait l'objet en ouverture, mardi soir, du match amical France - Tunisie... de football (je dis ça pour ceux qui n'y connaissent rien en sport) d'une bronca scandaleuse, trois ou quatre minutes de sifflets continus montant, descendant, tournoyant des tribunes et accablant des joueurs qui n'en demandaient pas tant, eux qui depuis la Coupe du Monde sont obligés (souvenez du rapport commandé à un cabinet de consultants) de chantonner l'hymne national ou du moins de le sussurrer du bout des lèvres. Racailles qui sifflent, beurs de mauvais poil, mauvais français. Fallait-il annuler le match ? Renvoyer tout le monde chez lui ou alors téléporter le Stade de France à Limoges ou à Périgueux, comme l'a suggéré Bernard Laporte ? On s'en fout. Enfin pas tout à fait mais ce n'est pas l'objet. Si les supporters ont sifflé la Marseillaise, c'est parce qu'elle était chantée par Lâam et a capella de surcroît. Au lieu de blâmer les supporters, tout être humain dignement consisté (c'est-à-dire ayant 2 oreilles valides) devrait les en remercier. Moi-même, sagement assis devant ma télé (en plein biberon du petit premier), j'ai été saisi de stupeur sur les premiers accords, comme si une armée de patineurs venait de s'inviter à l'improviste pour faire des triple loots dans mon évier en émail, comme si un type à 72 dents s'amusait à les faire grincer les unes contre les autres à trois centimètres de mon oreille, comme si Julien Clerc, Emile et Images et les Gipsy Kings reformés me réveillaient le matin en chantant "Gabrielle", après une nuit de fiesta. La version de Lâam, choisie pour ses origines tunisiennes, était une calamité et j'ai eu l'impression un instant qu'il valait mieux qu'une brume de napalm engloutisse le stade plutôt qu'on ait à subir ça. Sur le fichier ci-dessus (le plus court que j'ai pu trouver), il suffit de se projeter jusqu'aux 10 dernières secondes - n'écoutez pas tout, ce truc là est pire que la VHS de la mort dans...un film de fantômes japonais - pour entendre le bruit qui tue, le son qui étouffe : Lâam massacre à la corde vocale, envoie de la vibe et réussit le "ABBBRRREEEEEUUUUUVUVVEEE nos sillons" le plus catastrophique et terrorisant qu'il m'ait été donné d'entendre jamais. Et pourtant nous avons entendu des Marseillaises et des gratinées, des Marseillaises de Mireille Mathieu, des Marseillaises de mecs bourrés ou de frontistes, mais l"'abreuve" de Lâam restera dans les annales comme le pire moment de l'histoire des musiques à la télé depuis la création de ce média. Amis Tunisiens, français de souche, siffleurs, supporters, amoureux du foot, jeunes cons, un seul mot : MERCI d'avoir couvert de vos sifflets mon pire cauchemar.