
Il n'y a pas que de mauvaises choses sur ce tribute en 2 CD consacré à l'oeuvre de The Smiths, sorti pour Noël. Certains (comme Cinerama et The Wedding Present ou Chikita Violenta) s'en tirent avec les honneurs et même un peu plus (William Fitzsimmons sur "Let Me Get What I Want"), mais l'essentiel des titres de cette compilation semble néanmoins s'échiner à faire ce qu'il ne faut pas faire dans ces cas de cette musique exceptionnelle : souligner quasi exclusivement son caractère neurasthénique au détriment de sa dynamique.
La majorité de ce double CD est un désastre de mauvaises interprétations qui fait la part belle aux chanteuses chichiteuses et aux accompagnements affaissés. Si Morrissey et les Smiths ont pu faire figure, par contraste avec la musique débile de ces années 1983-85, d'une revanche des Tristes sur les danseurs et les joyeux, les interprètes de Please, Please, Please n'ont retenu du duo que l'image d'Epinal de leur chanteur, cloîtré dans sa chambre d'ado en train de sangloter sur son triste sort. C'est à la fois un contre-sens monstrueux et qui tend à oublier qu'avant d'être un groupe mélancolique, The Smiths est un groupe qui vient du punk (New York Dolls, The Velvet Underground, Sex Pistols) et du glam (T.Rex, Bowie). Marr est un maître dynamiste, Andy Rourke un bassiste influencé par les sonorités reggae. Le groupe est une déferlante et pas un combo de lamentations. Sur scène, l'alchimie des Smiths tient dans cette tension permanente entre une musique complètement maîtrisée et délicate mais capable de dégager une puissance phénoménale. Il en va de même pour Morrissey qui, derrière son côté accablé, est un esprit enragé et qui exprime à travers ses textes des paroles de revanche et de domination sur le monde.
Please, Please, Please est en ce sens une initiative qu'on salue mais qui a le malheur d'accumuler des prestations à contre-sens. Pour un Doug Martsch ("Reel Around The Fountain") qui restitue à la quasi perfection le mélange le côté triste et la légèreté du titre, on doit se farcir 10 Elk City (pourtant pas les pires dans le genre), Girl In A Coma (la pire version de "Rubber Ring" jamais entendue), Katy Goodman ("What She Said" en caricature absolue de ce qu'on disait) qui passent complètement à côté de leur sujet. En un mot, sauf si vous êtes un completist de la pire espèce (ce qu'on est malheureusement), vous pouvez passer tranquillement votre chemin sans rien manquer...
Trespassers William - There Is A Light That Never Goes Out
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Par Benjamin Berton