Placebo : pourquoi c'était mieux avant...

16/06/2009 - 15h49
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Placebo : pourquoi c'était mieux avant...

Placebo - Benicassim 98 - 36 degrees

 

 

Placebo - For What Is Worth (new single) 2009

 

 

 

, le nouvel album de Placebo sorti cette semaine, n'est pas un mauvais album. Mais quelque chose s'est brisé entre le groupe et la critique qui faisait de la franchise de Brian Molko l'un des grands espoirs du rock indépendant à la fin des années 90.

 

 

 

Entre leur premier album, incandescent et subversif, leur première tournée en accompagnement de David Bowie et , leur dernier disque intéressant, Molko et les siens dégageaient une énergie brutale, mélancolique qui touchaient encore. Depuis, et malgré un vendu comme le grand album dépressif du groupe, la formule Molko fatigue et ne cesse de décevoir. Qu'est-ce qui ne marche plus au royaume de Placebo, qu'est-ce qui fait qu'entre le Molko de "36 degrees" et celui de "For What Is Worth", leur dernier single en date, on passe dans nos appréciations du prometteur, voire excellentissime, au lourdaud et ridicule ?

 

 

 

 

 

1. Brian Molko parle aujourd'hui beaucoup plus français qu'il ne parle anglaisIl ne faut pas négliger l'intérêt pour un groupe de passer pour un groupe étranger. Lorsque Placebo apparaît sur la scène indie, Molko chante encore dans les jupes de Bowie. Il se présente comme un Anglais d'adoption ayant vaguement passé une partie de son enfance au Luxembourg. Lors de ses premières interviews, son français est maladroit, il hésite, cherche ses mots et passe pour un type charmant, timide qui rappelle le Robert Smith des débuts. D'un chanteur anglais faisant des efforts pour parler notre langue, Molko, qui cible son public, glisse vers le petit fils à papa qui s'est émancipé. Il multiplie les clins d'oeil au public français, chante dans notre langue avec Virginie Despentes, l'affreuse version dite "du doigt dans le cul" et se met à causer avec un accent pédant, précieux et horripilant qui le rend systématiquement peu crédible et insupportable. Placebo passe du statut de fleuron de la pop anglosaxonne à celui de produit européen tout marché. Sa cote de popularité en prend un coup. A trop vouloir séduire et à en cherchant à se faire comprendre, Brian Molko laisse sur le côté ceux qui pensent que le rock est nécessairement un mystère.

 

 

 

 

 

2. Le groupe vire à la caricature et abuse du sursignifiant. L'ambiguité des débuts est devenue une marque de fabrique banalisée, un déguisement de pacotille, soit. On ne peut pas reprocher au groupe d'avoir séduit la légion EMO mais tout de même un peu à son leader d'avoir fabriqué de toutes pièces (il l'avoue dans certaines interviews) son personnage en en faisant une sorte de matamore dépressif, sexuellement ambigu, aux yeux soulignés de khôl et de larmes artificielles. Lorsque Molko chante qu'il doit changer de "skin", c'est en faire un peu trop. De nombreuses chansons ne sont que des clins d'oeil aux médicaments, au mal-être et au nouveau concept de l'album : on est positifs maintenant. A force, c'est fatiguant comme les cheveux de Molko qui repoussent en catogan.

 

 

 

 

 

3. Le groupe a perdu son mojoIl suffit de jouer consécutivement les deux vidéos ci-dessus pour se rendre compte de ce qui a changé dans le son de Placebo. D'un côté, un punk rock pétillant, fringant et agressif, de l'autre un single pataud, sans mélodie, une production riche mais standardisée (Battle for the Sun est à cet égard, un vrai bijou de production et d'expérimentation qui réussit à camoufler le manque d'inspiration du groupe) et un contenu qui se cherche. On peut supposer que les graves différends artistiques qui ont conduit au remplacement du batteur reposaient là-dessus, même si Stephen Hewitt n'était sûrement pas le garant de la qualité indie du trio. En embauchant un jeune californien tatoué et BLOND (gothique et blondeur ne font jamais bon ménage), en faisant produire le disque par David Bottrill, le nouveau architecte en chef des nu-métalleux, Molko donne des indices : l'ère rock s'achève et on s'achemine tranquillement vers la recherche d'un son volontairement travaillé. Comme chez The Cure, les guitares tombent et glissent moins pour être remplacées par des lignes de clavier cache-misère ou des cliquetis électroniques posés là pour faire bien. Sur Battle for the Sun, les riffs de guitare vraiment enthousiasmants se comptent sur les doigts d'une main. Le groupe semble jouer (encore bien) en mode pilotage automatique et obliger de gorger le disque de fillers plus ou moins achevés ("Julien").

 

 

 

 

 

4. La qualité des textes a fléchi C'est un euphémisme. Les paroles du jeune Molko avaient une légéreté et une capacité à suggérer le charme et l'angoisse de la jeunesse, que les textes du Molko adulte n'arrivent pas à égaler. Sur , Molko a bossé ses rimes mais cela donne des séquences un peu forcées où on imagine le jeune homme en jupe en train de peiner sur son carnet à spirales. Exemple : "You don't know how you're coming across / Acting like you don't give a toss / Walking around like you're on some kind of cross / And it's a shame on you the irony's lost." Pas mauvais en soi mais juste laborieux et surécrit. Ailleurs, Molko ne peut pas résister à la facilité d'un enfilage de clichés forcément décevant. Sur Breathe Underwater, il reprend l'imagerie traditionnelle du gars qui étouffe. Sur Devils in the details, cela devient carrément le petit manuel du poète rimbaldien pour les nuls. On est loin des belles inspirations des débuts, lorsque Molko chantait par exemple sur Lady of The Flowers : "She stole the keys to my house/ And then she locked herself out". Quelle différence ? Pas grand chose sûrement mais une belle idée vous change parfois le plomb en or.

 

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