
Avant toute chose, il faut rappeler ce que chacun sait : on adore les Pixies, Frank Black et toute sa clique, ses albums, sa musique, ses textes, leur vie, leur oeuvre. On est tellement fans qu'on rappellera avant de démarrer qu'il est indispensable (en cette rentrée), pour ceux qui ont raté l'information, de se précipiter chez leur détaillant habituel et d'y acheter des places pour les concerts qui se donneront les 15 et 16 octobre 2009 dans le cadre du Doolittle Tour au Zenith de Paris. Pour ceux qui auraient aussi raté ça, le Doolittle Tour est un appendice de l'interminable tournée de reformation du groupe qui consiste à rendre hommage au deuxième album du groupe (le meilleur, selon la majorité - pour ma part, je n'ai jamais su choisir), sorti il y a tout juste 20 ans. Frank Black et ses amis reprendront donc l'album en intégralité et en joueront les titres dans l'ordre, ce qui pour eux, n'a pas grande importance puisqu'ils avaient, au temps de leur splendeur, pris l'habitude de jouer parfois la setlist par ordre alphabétique. donc en intégralité et on peut supposer en apéritif et en digestif le même cocktail de chansons dont on ne se lassera jamais : "Where Is My Mind ?", "Gigantic", etc. Pixies. Zenith. Octobre donc.
Là où ça se gate un peu, c'est quand les Pixies ont lancé en avril/mai la réédition de tous leurs albums dans un coffret spécial, réarrangé, réillustré par Oliver et Larbalestier appelé Minotaur. Minotaur est disponible en pré-vente un peu partout comme ici sur Amazon. Il comprend en plus des albums plaqués or (durée de vie illimitée oblige), les vinyls, un blue ray, un dvd, un concert inédit de 1991 (que tout le monde a en bootleg depuis... 1991) et des bouquins d'art par nos deux compères illustrateurs originaux qui, pour l'occasion, ont dessiné une splendide BITE logo (minotaure) en poil de yack. Prix affiché : 292.49 livres dans l'édition collector dédicacée par tout le monde, 109 livres pour l'édition Deluxe Plouc avec les 5 disques et sans les signatures des membres du groupe. Si Minotaur semble un bel objet (surtout cette bite quand même!), on peut se demander si les Pixies ne prennent pas les fans pour des débiles. Faut-il vraiment se payer un coffret qui n'offre aucun matériau nouveau à un tel prix ? Qui peut se permettre d'acheter un disque de musique qu'il a écouté toutes les semaines depuis... 20 ans au motif qu'il est illustré par des conneries d'artistes dont il se fout comme de sa dernière chevalière ? On sait, comme tout le monde, que les Pixies ont été spoliés en leur temps du gros jackpot qui allait engraisser tous leurs héritiers directs du rock alternatif post-Nirvana. On sait que Frank Black ne vend plus un disque ailleurs qu'en France, que David Lovering vit en faisant le magicien, mais tout de même, n'est-ce pas pousser le bouchon commercial un peu loin ? La réponse est toute simple évidemment : il suffit de ne pas acheter ce Minotaur et de garder son pognon, ce qui n'est pas si simple quand on est un fan absolu et qu'on se veut "completist". Le piège peut vite se refermer sur nous et nous amener à faire de grosses bêtises.
Enfin, bref, comme on n'est pas rancuniers quand même, on signalera pour finir sur le même sujet : 1) que Frank Black a déclaré en juillet qu'il n'y aurait vraisemblablement pas de nouvel album du groupe avant longtemps car les tentatives de mettre en oeuvre du "new material" ne fonctionnaient pas. Voilà une bonne nouvelle. 2) qu'est toujours disponible dans l'excellente collection 33 1/3 le Doolittle de Ben Sisario, petit bouquin sympathique (non traduit) durant lequel l'auteur rencontrait longuement Frank Black, Santiago et Lovering pour leur parler de l'album. Lors d'une virée en bagnole, il réalisait ici la meilleure analyse de Doolittle disponible, lecture des textes, retour sur l'enregistrement, l'état d'esprit du groupe. Black est très causant et comme souvent passionnant. A moins de 10 euros (lui), ça reste pour le moment avec les places de concert le meilleur investissement.
Pour ceux qui y tiennent, la vidéo de présentation de Minotaur diffusée en mai 2009.