
Ceux qui, comme moi, aiment les Pet Shop Boys le savent, le groupe de Tennant et Lowe n'a rien à voir en disque et sur scène. Il n'est pas rare d'ailleurs que certains amateurs du duo en chambre soient infiniment déçus par les grands shows que donnent les deux compères depuis des décennies. C'est exactement ce qui risque de se produire ici à l'écoute de Pandémonium, le DVD ou CD enregistré lors de la dernière tournée de présentation de , l'année dernière, à l'O2 Arena de Londres. Pandemonium, pour ceux qui ne le sauraient pas est un mot forgé au XVIIème siècle par le poète John Milton et qui désigne la capitale imaginaire des Enfers. C'est à peu près ce qu'on ressent en regardant les images de cette affaire-là (le trailer suffit) : un enfer composé de couleurs vives, de danseurs qui en font trop, de technologies abusives et d'outrances musicales en tout genre. Il n'y a pas grand chose à craindre de pire qu'ici : du mouvement, de l'excitation, du toc. Ceux qui ont cru que l'enfer était un endroit chaud peuplé d'êtres horribles et velus ont tout faux : c'est exactement le contraire, tout le monde est beau et danse comme sur une chorégraphie de Kamel Ouali.
Pet Shop Boys - Pandemonium - Trailer
En flattant leur côté festif et en donnant à leurs shows la forme d'une grande revue contemporaine, les Pet Shop Boys ont souvent joué gagnant. Les spectateurs (dont nous avons été il y a quelques années) sont ébahis par la force des compositions, la grâce des tableaux et l'énergie qui se dégage du spectacle, au même titre qu'ils le seraient sûrement en assistant à un show de Mylène Farmer ou des Rolling Stones. D'une manière générale et si l'on considère que Tennant et Lowe prennent soin plus que d'autres à la qualité sonore de leurs mises en scène, le spectateur n'est jamais déçu.
Sauf que quand on réécoute cela un peu plus tard, tout seul ou qu'on regarde l'affaire à la télé : le ridicule du montage saute aux yeux et tend à ruiner la satisfaction qu'on a pu en tirer. Pandemonium est sûrement le meilleur show produit par les Pet Shop Boys pour servir un album qui n'était pas leur meilleur. Sa rendition DVD est sublime mais n'est pas loin d'être le spectacle musical le plus horrible qu'on ait pu voir depuis longtemps. Le final intimiste composé quasiment uniquement de chansons sublimes ("It's A Sin", "Being Boring", "West End Girls", qui dit mieux) est un calvaire. La version d' "Always On My Mind" est étrange et suit un "New York City Boy" qui évoque pour nous (on ne sait pas pourquoi) un Elvis tout de cuir vêtu engagé dans une sorte de partie fine sado-maso avec un gang de bikers moustachus. Ce qui passe pour de la délicatesse et de la légèreté en CD (les Pet Shop Boys sont les XTC des clubs) confine à la vulgarité et au grand-guignol sur grand écran.
Il n'est pas juste question ici pour le fan de base hétéro du duo que je suis d'être confronté brutalement à la gay-itude de ce genre de spectacle (sans doute y a-t-il un peu de cela tout de même) mais de mesurer qu'avec la grandiloquence qui les caractérise et les rend géniaux, les Pet Shop Boys ont entrepris de nous faire danser en nous faisant toucher du doigt ce que la fête avait d'écoeurant et de commun avec la crème chantilly. L'enfer, c'est justement cela, se rendre compte que le truc le plus amusant du monde et qui fait danser tous vos copains vous donne juste envie d'une camomille et d'un diazépam. Heureusement qu'il reste les Smiths pour nous faire déprimer en paix.