
Parmi les cocasseries provoquées par les vagues de reformation et de tributes, celle-ci n'est pas la moins étonnante. A quelques semaines de distance, se sont tirés la bourre en Angleterre deux émanations d'un même groupe.
D'un côté, avec un considérable écho médiatique et un succès public monstrueux, la reformation de Public Image Limited autour de son leader et fondateur John Lydon, ci-devant figure mythique du punk et artiste publicitaire de génie. La reformation de PIL, à laquelle nous avions assistée, était une belle affaire. Aucun membre originel, si ce n'est Lydon, en voix, en forme et formidable d'émotion qui a réussi à (re)mettre l'Angleterre et les Etats-Unis dans sa poche (bien remplie) en proposant des concerts de 2 heures reprenant les meilleurs morceaux de son ancienne franchise. Dans le même temps, une formation concurrente voyait le jour avec à sa tête (cassée), l'ancien membre fondateur des mêmes Public Image Limited, et guitariste star (pendant 3 ans et les meilleurs albums), le vieux et anciennement doué Keith Levene. La formation a écumé les bars et les salles de seconde zone sous le nom de Public Imitation Limited, engageant pour jouer John Lydon un remarquable chanteur clone de Lydon.
Sur ces 2 vidéos, on peut de fait choisir son camp : ou une version intègre de PIL avec un vieux chanteur, ou une version désintégrée avec guitariste et un chanteur ressemblant trait pour trait au Lydon d'il y a 25 ans. L'impression est sidérante lorsqu'on confronte les versions (et on n'est pas parti d'un PIL de 1980, histoire de ne pas ajouter à la confusion mémorielle). Vieux Lydon, jeune Lydon, Lydon authentique ou Lydon de synthèse. Mais où est la vraie version ? Où est la meilleure musique ou du moins celle qui se rapproche le plus du PIL originel ? La question est impossible à trancher. D'un côté, le PIL de Lydon est le PIL légitime mais il faut bien avouer que même avec un bon groupe, le Lydon 2010 ne ressemble plus que d'assez loin physiquement à celui qu'il a été. La subversion s'est un peu envolée et la grâce qui se dégageait du dieu Bossu s'est perdue dans les plis du baggy. Côté imitation, la musique est parfois pataude mais Keith Levene, sans dents, tient toujours la distance. Il ne manque plus que Jah Wobble pour qu'on y croit et le chanteur est beau comme une épingle à nourrice, sexy comme un punk rôti et polyomélite. Alors quoi ? Passons à la chanson maintenant. "Death Disco" a été composée par Lydon à l'hôpital où il veillait sa mère en train de mourir. C'est la dernière chanson qu'il lui a fait entendre et la dernière qu'elle lui a dit aimer. Du coup, l'émotion est intacte quand c'est le compositeur qui l'interprète même des décennies plus tard mais est-ce pour autant que la version de Public Imitation Limited est moins intense. Dilemme.
Par delà ce cas d'espèce assez affolant, cette confrontation de poids moyens nous fait toucher du doigt ce qui nous attend d'ici quelques années lorsque les tributes bands (Beatles, Elvis, on en a déjà quelques uns), avec ou sans membres d'origine, auront définitivement envahi le marché et concurrenceront directement les modèles (vieillissants) encore en activité. Moins chers (deux à trois fois), plus pétillants, plus proches du souvenir qu'on a des grandes formations, les groupes miroir risquent de former un deuxième cercle du rock tout aussi populaire que le premier. On se retrouvera dès lors dans une autre époque, étrange au point qu'on pourrait préférer y voir un jeune Mc Cartney, jouant bien son rôle, que le vieux Lord qui se fait passer pour lui (formidablement bien) depuis 15 ans. Bienvenue dans le rock de science-fiction.
PS : pendant qu'on parle commerce, signalons tout de même que notre meilleur ami punk met en vente (rapide et pour les fêtes) un petit livre personnel constitué de ses propres souvenirs et photos, de dessins et de textes composés de sa main. Le scrapbook de Lydon est proposé pour la modique somme de 379 livres. 379 livres, vous avez bien lu. Et il en reste. Punk is not dead, hein ?
PIL - Death Disco 2010
PIL Death Disco 2010Voir aussi :- PIL rempile (sic) : John Lydon reforme son groupe culte- Ces groupes qui ne doivent pas se reformer