
PIL - Religion - Brixton Academy
PIL - Warrior - Brixton Academy
Il fallait un John Lydon survolté et en voix du dimanche pour nous faire oublier que 2 jours avant, bloqué dans l'eurostar, on avait raté lamentablement le concert de Noël de Shane Mac Gowan et ses Pogues. Mission quasi réussie avec ces Public Image Limited nouvelle formule : Lydon et les siens, efficaces jusqu'au bout de la nuit neigeuse, ont enchanté les 3000 spectateurs de la Brixton Academy par un spectacle grandiose de plus de 2h15, parcourant avec fidélité et inventivité parfois (une version intéressante de "Flowers of Romance") l'ensemble de leur répertoire.
Sans Jah Wobble et Keith Levene, les deux grands artisans du son PIL, on craignait un peu que l'affaire PIL ne se résume à un one-Lydon-show. Ce fut bien le cas, le public étant là avant tout pour voir et entendre le phénomène, celui-ci se montrant à la hauteur de sa légende : loquace, sérieux, incandescent, charismatique, mais le son n'en souffrit pas. Le groupe reconstitué avec à la guitare un virtuose fantastique en forme (étrange) de croisement entre Sim et Garcimore assure l'essentiel : restituer le son riche en basses et en bonnes vibrations d'un groupe qui sut se montrer, dès 1978, à la pointe du progrès. Le son PIL en 2009 garde la même actualité et la même pertinence : un mélange de rythmes world, de reggae transgenre, de krautrock, de punk et de mélodies pop. Il ne faut pas aller bien loin dans le concert pour se rendre compte que Lydon a bien fait de ressortir son groupe de la naphtaline : chaque chanson jouée est impressionnante de tenue, aventureuse et électrisante pour un public qui ne demande que ça. Lydon résume l'affaire d'emblée :"Public Image Limited. Proper Music for Proper People", avant de se lancer menton en avant sur "Public Image". Le show déroule les classiques : un "Albatross" somptueux, un "This Is Not A Love Song" épique et interminable, un "Death Disco" habité et mené jusqu'aux larmes, entre autres pépites. Entre les titres, Lydon marche à sa manière, les pieds à 11h15, les bras de côté. Il balance la tête comme un canard sans cou et s'enfile des lampées de brandy qu'il crachouille dans un fût disposé près de la basse, avant de se jeter vivant sur une bouteille de jus de pomme. Il passe de droite à gauche, lance une giclée dans son fût, sort la tête des épaules, globule des yeux et passe sa langue entre ses dents. L'homme est effrayant mais dégage une sorte de grâce pataude qui tend à se renforcer avec les années. Docks au pied, Lydon est massif, court sur pattes, les cheveux dressés fièrement sur le crâne, le corps enrobé passé dans une chemise à carreaux qu'aucun autre homme ne porterait sans déclencher l'hilarité.
Son hurlement est magnifique et ses mouvements de glotte confinent au génie. La conjonction des basses et de cette forme de chant primitif est une tuerie capable d'exprimer n'importe quelle émotion. Le public est timide. Lydon menace :"Si je ne reçois pas immédiatement les applaudissements que je juge suffisant, je ne quitterai jamais cette scène !" Etrange menace qu'on aurait souhaité voir mise à exécution. "Four Enclosed Walls" et "Disappointed" sont succulents. Plus loin, Lydon se lance dans une diatribe anti-politicien épatante et une relecture incroyable de l'horripilant "Warrior". Martial, le groupe le suit sur un mouvement de bottes et transforme cet air daté et kitsch en un manifeste révolutionnaire qui s'avérera la plus belle surprise de la soirée. Ceux qui auraient raté les albums solo du chanteur tiennent leur chance de se rattraper : le groupe enchaîne l'excellent "Psychopath" puis en rappel le country pop "Sun" qui achève de balayer la large gamme sonore embrassée par le groupe. Que demander de plus ? "Rise" en rappel, "Open Up", titre revisité en son temps avec Leftfield et puis, un peu avant, ce "Religion" d'anthologie qui justifie à lui seul le déplacement. Un ange passe sur la salle. Lydon s'arrête et menace solennellement ses fidèles. "Merci pour les basses. Merci pour les basses. Je veux jouer cette chanson jusqu'à voir vos oreilles saigner. Plus de basses". L'ingénieur du son s'exécute et les murs tremblent. Les fidèles commencent à craindre pour leurs tympans. "Plus de basses". Le chanteur commande plusieurs fois et s'engage dans sa diatribe spectaculaire contre les fausses croyances. Venu tout droit du premier album de PIL, "Religion" (II, donc) s'étire sur plus de 10 minutes hypnotiques. Les coeurs ne battent plus. This is religion. Your Religion. Et Dieu se meurt...
Ceux qui veulent revivre ça sur CD pourront aller voir du côté de chez Concertlive qui les grave et les vend pour pas cher tout à fait officiellement à la fin du concert et après (voir Les concerts à emporter sur clés USB). Les enregistrements sont d'une belle qualité et rendent justice à l'une des reformations les plus réussies qu'on ait croisée ces dernières années. On espère du coup revoir Lydon avec de nouvelles chansons bientôt, lui qui a disparu des nouveautés depuis 1997.