
L'album ne sortira dans nos contrées européennes qu'à la fin du mois d'août mais Tamer Animals de Other Lives pourrait être l'un des petits événéments indé de la rentrée. On avait beaucoup aimé en 2009 leur premier véritable album et celui-ci qu'on fréquente depuis plusieurs mois déjà s'apprivoise et gagne en intérêt au fil des écoutes.
Estampillé, par défaut, comme l'un des outsiders ou épigones doués du rock "à la Arcade Fire", Other Lives fait partie de ces groupes qui jouent du rock et des cordes avec une même habilité sophistiquée. On avait aimé les tensions et le climat angoissant et élégant qui s'échappait de leur première livraison. Tamer Animals, il faut l'avouer, est peut-être un peu plus long en bouche. Moins rock, plus varié en ambiances et en atmosphères, l'album paraît au premier abord plus léger, moins évident, même si quelques titres surnagent et donnent le frisson rappelant la densité et la gravité des meilleurs morceaux de The National. Le groupe de l'Oklahoma reste néanmoins nettement moins rock et à guitares que la bande à Berninger. Jesse Tabish et Jonathan Money, les deux leaders du groupe, sont en revanche passés maîtres dans l'art de varier les textures, de décomposer des paysages sonores. Ici, la majeure partie des titres se déroule dans un rythme lent relevé d'épices en mondovision qui font penser à des BO de western, période Morricone. La musique est en noir et blanc et évoque grands espaces et mélancolie du coeur. De rares secousses, en envolées lyriques dont on a coupé les ailes, agitent la surface des morceaux, ce qui ne les empêchent jamais de se soulever et d'onduler au fil des minutes avec une modestie et un à-propos réjouissanst.
Difficile d'évoquer la musique d'Other Lives en termes précis et autres que poétiques. On navigue ici dans un entre-deux un brin fantomatique qui rappelle les grandes heures du post-rock (vous vous souvenez Tortoise, Tarwater et la brigade chimérique au ralenti), habillées en voix et en arpèges atones. D'aucuns trouveront que l'ensemble manque un peu de peps et ils n'auront pas tort. Les Grizzly Bear, dans un genre similaire, ont plus de punch. La qualité d'Other Lives est d'être plus précis, plus jazz, plus subtil aussi. Sur scène, le groupe retrouve la vigueur qui manque parfois aux enregistrements studio, évoluant finalement assez près de ce que réussit magistralement et depuis quelques années (avec une force supérieure) Robin Proper-Sheppard avec Sophia. Malheureusement pour nous, le groupe n'a pas prévu de débarquer en Europe avant quelque temps. A l'exception d'une escale londonienne en août, le combo se partagera entre Canada et Etats-Unis jusqu'à la fin du mois d'octobre.
Other Lives - Dustbowl III
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