
Brett Anderson - The Hunted
On s'était moqué de Brett Anderson ces dernières années et un peu beaucoup aussi de ces deux premiers albums : pompier pour l'un, indigent pour l'autre. L'ancien leader et sexy boy de Suede, l'un des piliers historiques de la brit pop, avait reformé son tandem avec Bernard Butler pour un The Tears (le groupe) plutôt pas mal foutu mais qui n'avait inexpliquablement attiré l'attention de personne. Mieux que ça, Anderson est devenue la tête de turc de tous les journalistes du pays, a été obligé d'autoproduire ses deux disques précédents et n'a reçu récemment que des critiques désastreuses.
En 2009, les choses s'arrangent un petit peu pour le beau Brett, toujours aussi mince et joli garçon, avec un nouvel album , beaucoup beaucoup mieux que le précédent. Monté principalement en piano voix, l'album est plutôt bien arrangé et n'est pas sans rappeler l'atmosphère symphonique et romantique du magnifique (le sommet du groupe enregistré en 1994). A l'image de ce "The Hunted" et de son refrain idiot ("You're the hunted, i am the hunter"), Brett Anderson n'a toujours pas retrouvé sa patte magique côté paroles. On est ici beaucoup dans l'esbrouffe et le n'importe quoi (clichés, clichés, yeah, c'est du faux pas du vrai), l'autocomplaisance romantique et la lamentation bas du front. Mais la voix est intacte et sublime sur la plupart des morceaux : un peu fausse sur l'ouverture "Hymns", splendide de fragilité sur "Swans", l'une des plus belles chansons de l'album. Brett Anderson relève la tête mais surjoue la plainte au point de perdre son public en route. Lui qui crânait comme un singe dans le passé a désormais le moral dans les chaussettes et la tête baissée en permanence. Slow Attack est un album élégant mais qui, comme le précédent (le mal nommé Wilderness) manque totalement de punch pour avoir sa chance dans le grand marché du disque actuel.
Jadis étoile au firmament (snif, snif), sensuel et sexy, shooté jusqu'aux orteils, qualifié d'héritier de Bowie et de prince du glam, Brett Anderson incarne aujourd'hui la figure paradoxale du loser, un type que le rock a rejeté et qui doit ramer pour s'en sortir. Inspiration en panne, créativité essorée, mal-être et âge venant, Anderson explore la face cachée, la seconde face, celle qu'on ne voit plus, qu'on écoute, la face qui fait peur, qui tue et qui, désormais, fait rire les amis, la famille et les enfants. C'est moche et ce n'est pas drôle.
Voir Brett Anderson en concert début février