
On l'a déjà dit, Stainless Style de Neon Neon est un hommage au playboy et entrepreneur brillant mais malheureux, John Zachary DeLorean et à sa créature, la DMC 12. Malheureux, car Zachary DeLorean était atteint de la maladie des puissants, il s'ennuyait. C'est ce qui fit son génie (il avait beaucoup de temps pour penser et lancer des projets fous, comme la mise sur le marché de cette dream car) mais c'est aussi ce qui le plongea bien souvent dans l'embarras. Marié plus de quatre fois et amant de nombreux top model et personnalités (sans oublier les call girls), John Zachary DeLorean eut aussi affaire au FBI après s'être fait embarquer dans un traffic de fonds par James Hoffman, un ancien agent des stups infiltré qui avait retourné sa veste et dealait de la cocaïne à Hollywood. En sus du traffic de drogue, le projet d'Hoffman comprenait un site de blanchiment d'argent dont la compagnie DMC devait être le pivot central. En octobre 1982, le gouvernement américain accusait l'entrepreneur, pourtant victime du chantage de l'agent ripoux, de traffic de stupéfiant. Delorean réussit à se défendre en arguant que la police de L.A. elle-même, lui avait demandé d'acheter la cocaïne, ce qui était vrai, puisque Hoffman était encore flic au moment du deal. Reste que cette histoire entacha à jamais la réputation du patron de DMC, en plus du relatif échec commercial de cette automobile exceptionnelle.
C'est certainement cet aspect qui a séduit Boom Bip et Gruff Rhys, le chanteur de Super Furry Animals. L'histoire d'un rêve déçu en plein boom capitaliste (les années 80), du sexe (beaucoup), de la drogue, un brin de fétichisme mécanique, le tout porté à son paroxysme par l'emblème d'une voiture générationnelle (la DeLoreane DMC 12 et ses portières en ailes de papillon fut immortalisée dans la fameuse série des Retour vers le futur). Un destin malheureux fait de femmes faciles, de drogue et de machinations, qui illustre le côté noir du pouvoir, son désespoir et sa solitude. A partir de ce moment-là, la pochette de Stainless Style prend une tout autre dimension : Kama-Sutra mécanique sado-maso, elle évoque plus une scène du Crash revue par David Cronenberg (un film à l'imagerie déjà très 80's) que la soi-disante béatitude des années 80.
A ce titre, les deux vidéos de "I Told Her on Alderaan" vs "Trick for Treat", proposées sous forme de medley par Neon Neon sont exemplaires. On y voit le playboy vieillissant cédant à ses démons et terminant menottes aux poignets. Si l'on ajoute à cela les deux vidéos amateurs de "Dream Cars", le meilleur morceau de l'album, et de "Sweat Shop" (pour le côté fantasme mécanique) proposées par un internaute futé sur youtube, l'ensemble prend un éclairage nouveau : du rêve au désespoir, de l'ascension à la chute, Neon Neon ajoute un chapitre à la saga Delorean.
(A noter que les deux premières vidéos amateurs ont été parrainées par Neon Neon pour représenter le groupe lors de light shows)
Lire notre chronique de et notre entretien avec Neon Neon
Par Maxence