
Ses albums solo ont plutôt été des flops. Mais ses innombrables collaborations avec 2 pac, Dr Dre, Snoop Dogg, Eminem ou Ludacris, toujours couronnées de succès. Retour sur la carrière de Nate Dogg, l'homme-refrain à la voix de velours qui a façonné le G-Funk.
Avant que T-Pain et Akon ne deviennent les inévitables hook men (hook signifie refrain en anglais) de la musique urbaine, un homme régnait en maître incontesté sur le genre : Nathaniel Dwayne Hale aka Nate Dogg. Le mec qu'on appelait pour transformer un bon titre en tube garanti. Le type qui faisait l'unanimité chez les gars et les filles, dans la rue et les clubs, avec sa recette inimitable : timbre suave et lyrics vulgaires.
De Long Beach au toit du monde
Sans Nate Dogg et ses refrains, pas sûr que les Tupac, Dre, Snoop, Dogg Pound aient connu autant de succès. Pas sûr non plus que la folie du gangsta rap ait dépassé aussi facilement les frontières de la Californie pour se propager aux quatre coins des Etats-Unis, puis du globe, au cours des années 90.
Pour Nate Dogg, tout commence à Long Beach, Californie (LBC pour les intimes). Une ville natale qui a son importance puisqu'il y grandit notamment aux côtés de Snoop et Warren G, avec qui il forme le groupe 213 (ressuscité en 2004 pour l'album The Hard Way).
Grâce à cette connexion, il pose sur un titre de , le premier album culte de Dr. Dre, qui n'est autre que le cousin de Warren G. "Deeez Nuuuts" n'est pas LE hit du disque, mais le fils de pasteur y distille déjà son style original. Aucun chanteur avant lui ne s'était ainsi approprié l'écriture crue propre au gangsta rap.
"I can't be faded
I'm a nigga from the motherfuckin street
I heard you wanna fuck with Dre
You picked the wrong, motherfuckin day"
Ensuite, tout s'enchaîne : signature sur Death Row et ribambelles d'apparitions sur les tubes du label sulfureux : "Regulate" de Warreng G, "Ain't No Fun" de Snoop, "All About U" de 2pac, "Let's Play House" de Dogg Pound. Aucun album estampillé Death Row ne sort sans un refrain de Nate Dogg, qui devient peu à peu le roi Midas de l'écurie de Suge Knight.
Comme la plupart des artistes Death Row, Nate Dogg connait ensuite un petit passage à vide et sort enfin son premier album, G-Funk Classics, Vol. 1 & 2, en 1998. Mais le disque termine seulement 58e au classement Billboard. Trois ans plus tard, fera tout juste mieux (32e), malgré le carton planétaire de "The Next Episode", sur , que Nate conclut par son célèbre "hey, hey, hey, smoke weed everyday".
Tant pis pour les albums solo. Nate Dogg se reconcentre sur ce qu'il sait faire le mieux : les refrains. Sa réputation a dépassé les frontières de la Californie et il enquille les hits en compagnie de Ludacris ("Area Codes") ou 50 Cent ("21 Questions"). Même le label indé Rawkus fait appel à lui pour signer le hook de "Oh No" avec Mos Def et Pharoahe Monch. Eminem et son compère Obie Trice y vont aussi de leur duo avec le chanteur (respectivement sur "Till I Colapse" et "The Set Up"). De l'underground au mainstream, tout le monde s'incline devant Nate Dogg.
Au faîte de sa gloire, Nate Dogg affirme palper dans les 70 000 dollars pour poser sa voix sur un refrain, même s'il déclare se montrer moins gourmand avec ses vrais potes.
Son énième tentative de percer en solo se solde par un nouvel échec. Surtout, il est frappé par deux attaques, en 2007 et 2008, qui le laissent dans un piteux état. Depuis sa convalescence, il constate que son business a été récupéré par Akon et sa voix nasillarde, et T-Pain l'accroc à l'auto tune.
Lors de la sortie du single "Kush", de Dr Dre, de nombreux fans regrettaient d'ailleurs que Nate Dogg n'ait pas posé à la place d'Akon. D'autres ont cru reconnaitre sa voix vers 1:30, et ont rêvé à un retour du mythique hook man. Mais ce passage n'était en fait qu'un clin d'oeil signé par un certain Chief Thunderbird aka Sly.
Nate Dogg a donc perdu son combat contre la maladie et s'est éteint le 15 mars 2011, à 41 ans. "Il faut croire que Dieu avait besoin d'un gars pour faire des refrains", écrivait ce matin un fan sur youtube. Une belle épitaphe pour un homme de l'ombre qui aurait mérité plus de lumière.
Voir aussi:- L'histoire du hip hop en looks- Dr Dre: 5 raisons de laisser tomber Detox
Par Edouard Orozco Follow @edouard_orozco
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