My Bloody Valentine : la polémique qui fait rire (le retour)

12/07/2008 - 14h14
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On s'interroge un peu partout sur le net (et à Fluctuat aussi) pour savoir ce qu'il faut penser du retour de My Bloody Valentine. Opération commerciale uniquement ou volonté de se rassembler autour d'un vieux pot (bruyant) avant de reprendre la route hypothétique des studios. Les prestations du groupe sur scène divisent entre ceux qui n'entendent là qu'un amas de bruit informe, difforme et difficilement supportable et ceux qui, les oreilles en lambeaux, prétendent avoir vu la lumière blanche du Grand Son Qui Tue, dans un process un rien surjoué, d'autointoxication chamanique.

 

 

 

Pour avoir été comme quelques autres de la tournée 1991, il faut avouer que la reconstruction (ou la sublimation comme on l'appelle parfois) a joué à plein depuis 17 ans : avoir été du concert 1991 (on doit être 100 000 à prétendre aujourd'hui avoir vu le groupe ce jour-là) et faire mourir les autres de jalousie n'est pas le moindre des plaisirs qu'on peut se payer quand on a vieilli et qu'on pose à l'ancien combattant indie. Si j'essaie de me restituer dans le contexte de l'époque, la réalité est plus prosaïque : quelques silhouettes taillées dans l'ombre, des aliens à guitares détachés en contre-nuit sur des spots incandescents, des voix angéliques qui semblent venir de l'intérieur du crâne plutôt que du dehors et ce bourdonnement affolant, qu'à l'époque on ne connaissait pas encore par coeur. L'expérience MBV tient sûrement tant du plaisir masochiste que de la mélomanie. Depuis, un certain nombre de groupes sont passés par là et ont offert, en matière de conjonction de pop et d'hyperbruit, des shows qui paraissaient mieux taillés pour la scène : les Boo Radleys du début ne perdaient pas la mélodie, les Ride, dans la tornade sonique, réussissaient toujours à faire surnager le chant, tandis que les Ecossais de Mogwai, en évacuant la question des voix, offraient à leurs instrumentaux une lisibilité que Kevin Shields et les siens ne parvenaient pas à proposer systématiquement (sans doute). Jesus and Mary Chain n'étaient pas si loin de la vérité du genre lorsqu'ils soufflaient le chaud et le grésil. La modulation fait loi.

 

 

 

Ceux qui comme moi ont essayé de sonder le net pour télécharger des enregistrements live de My Bloody Valentine savent qu'il est quasiment impossible, en dehors de quelques échantillons digestes, de réécouter un concert du groupe auquel on n'a pas assisté. L'expérience MBV tient de la Near (-Ear) Death Experience, l'une de ces tortures qu'on peut s'infliger en espérant y trouver une once de plaisir. "Chacun sa came", serait-on tenté de dire, mais l'affaire n'est pas si simple. Dans un concert de ce type, l'auditeur alterne les phases de concentration extrême, les phases d'absorption profonde par le flux sonore, les phases de communion et les phases de rejet. Le mouvement est inévitable et les instants de bonheur (rares) se pêchent au coeur de la vague (la vibe). Lorsque certains prétendent s'ennuyer ou sortir de leur corps, être éjectés du monde environnant, lorsqu'ils contemplent la foule, hagards, hagarde, c'est qu'ils expérimentent le mouvement de transe in/out que connaissent les amateurs de fête techno. Tout est vrai. Ils plongent, cessent de respirer, manquent s'évanouir et reviennent. Les débats rock sur MBV ont toujours amusé les milieux ravers. On en trouve la trace de-ci de-là sur le net. La polémique en soi n'existe pas si l'on considère qu'il ne s'agit que de rock. Pour s'en amuser, il suffit de zieuter en poussant sa sono à fond quelques tentatives de captation prises au hasard sur le net : entre le mélodique (un "I Only Said" d'ouverture somptueux à Paris), l'innommable, l'inécoutable et le mélodieux, c'est le souvenir qui tranche ou alors la qualité du téléphone portable, le positionnement (aléatoire) face, contre, sous, ou devant le mur du son. Chez MBV, plus qu'ailleurs, on n'est (on ne naît) pas égaux devant l'espace, pas égaux devant la mémoire, devant la souffrance ou le thrill, pas égaux devant la jouissance. En cela, cette musique nous rend plus humains qu'humains, fragiles comme l'épaisseur d'un tympan et d'un pavillon qui vibre. Amusant, non ?

 

 

 

http://musique.fluctuat.net/blog/31936-my-bloody-valentine-au-zenith-les-boules-quies-.html

 

http://www.fluctuat.net/6380-My-Bloody-Valentine-sur-le-retour

 

http://www.fluctuat.net/6421-Histoire-du-Shoegaze

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