Montgomery vs Mad Max : l'expérience live qu'il faut voir

20/12/2010 - 14h51
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Montgomery vs Mad Max : l'expérience live qu'il faut voir

 

Cela fait un peu plus d'un an maintenant que les Montgomery baladent leur ciné-concert sur les routes brûlantes du Mad Max de George Miller. Leur étape au Mans était, la semaine dernière, très attendue après un concert retentissant il y a quelques mois de ça. Salle comble (pas si fréquent) et légion de visiteurs inattendus (une sorte de sortie scolaire ?), lancement par une série de bande-annonces qui aurait fait frissonner Quentin Tarantino de plaisir (petit coup de chapeau au film inconnu Le Créole de Harlem), tout était prêt pour que l'expérience soit mémorable.

 

Les 5 garçons du groupe, auteur d'un excellent dernier album baptisé , ont initié ce projet original en se proposant de couvrir ou d'accompagner la bande son de Max Max, film australien motorisé et ultraviolent (pour l'époque) de 1979, de leur musique noisy pop. Ils tournent depuis un peu partout en France. Le procédé semble avoir le vent en poupe. Frank Black, l'ancien leader des Pixies, s'est offert un free-style opératique il y a pas si longtemps sur le Golem. La formule a de l'avenir puisqu'elle permet de réunir autour d'un même feu de camp les amoureux de rock indé et les fans de cinéma, lesquels derniers sont souvent plus nombreux que les précédents.

 

Installés à la gauche de la scène, comme un petit orchestre, les Rennais de Montogomery se sont installés en toute décontraction dans un jeu qu'ils semblent connaître par coeur, se lançant d'emblée dans la très percutante scène d'ouverture, dite de l'interception du Knight Rider. Un fou du volant défie la police pendant 15 minutes, lancé à toute berzingue dans une chevauchée macabre sur une route droite et infinie du bush australien. Au fil des péripéties, on entre dans le dispositif et la musique, menée par les percussions de Mathias Languille et le jeu de guitare savant de l'excellent Thomas Pauli, commence à se surimposer sans médiation aux images.

 

 

 

On redécouvre évidemment pour l'occasion ce chef d'oeuvre du cinéma, mélange inspiré et brutal d'Orange Mécanique, de l'Equipée Sauvage et de western américain. L'apparition de Mel Gibson qui clôture la première séquence vient rappeler à tout le monde qu'avant de devenir le vieux ronchon contestable qu'on connaît aujourd'hui ce gars-là a eu l'une des meilleures bouilles du circuit. Composant ses interventions à la façon d'un muet plus que d'une bande originale de film, le groupe propose un thème reconnaissable pour les personnages clés (le gang de la Tondeuse, les policiers, l'épouse de Max) et illustre à l'envie les scènes qui s'y prêtent. Les dialogues réapparaissent de temps à autre pour permettre aux spectateurs de suivre l'intrigue. La musique s'efface alors avec élégance pour laisser faire le cinéma. La musique de Montgomery est tendue évoquant selon les séquences (violentes ou sentimentales, domestiques parfois) le meilleur du shoegaze noisy bondissant (on pense à My Bloody Valentine sur le générique de fin, à Ride et Mogwai partout ailleurs) ou la mélancolie légère d'un Burgalat ou d'un Michel Legrand sans ses cordes. Le parti-pris d'une illustration pas à pas des images conduit parfois à une paraphrase qu'on aurait aimé musicalement voir s'éloigner un peu du texte cinématographique : la musique menace quand les motards se rapprochent, explose quand la tôle s'écrase.

 

 

 

La scène du refuge en forêt est peut-être la seule où les Montgomery suggèrent une angoisse par anticipation que le film ne dévoilera que quelques minutes plus tard : c'était une autre voie possible, dont on ne sait pas après tout si elle était meilleure ou pas que celle que le groupe a emprunté. A cette réserve près, le show est impeccable d'économie et de maîtrise, la musique discrète ne cherchant jamais à voler la vedette aux images.

 

Après 93 minutes de bonheur, prolongé par un appendice noisy remarquable d'une petite dizaine de minutes, on ressort emballé par le dispositif qui, une fois le collage endossé par notre cerveau habitué à séparer les canaux de réception, rend à la fois un bel hommage à ce film de genre impeccable et précurseur de milliers de nanars dérivés, et à la musique d'un des meilleurs groupes français en activité. A voir près de chez vous.   

 

 

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