
A l'heure où "le disque se meurt"...depuis 10 ans, à l'heure où la musique se télécharge, se jette, se consomme, selon la rumeur publique, se lèvent partout, en contrepoint et en appui de cette démonstration, des phénomènes précieux de revival du vinyl et du disque comme objet de collection (et d'extase sonique, évidemment). Le label Monopsone, à qui on doit déjà pas mal de petites pépites des derniers temps, lance dans la bataille ces jours-ci une initiative remarquable et qu'on doit saluer : la sortie d'une collection d'eps d'artistes de rénommée internationale, emballés en vinyls 10 pouces, et comprenant chacun près de 5 titres complètement inédits. La collection intitulée Fragments, dont les 3 premiers "morceaux" sont composés par les excellents Violens, les Américains (pas mal) de Zaza et les amis de Hood et brillants Epic 45, fait référence à une première série de eps sortis maintenant il y a une douzaine d'années et qui avait signé le premier fait d'armes du label.
La série devrait se compléter plus tard dans l'année par une autre trinité dont les groupes ne sont pas encore connus, chaque single étant édité à 500 exemplaires. Le packaging et les illustrations de ces petites merveilles ont été confiés au photographe et graphiste Stéphane Merveille qui a réalisé pour l'occasion des photographies à la hauteur de son patronyme. Côté musique (car c'est tout de même là l'important), les livraisons qu'on a pu écouter de Violens et d'Epic 45 valent le déplacement. Jorge Albrecht a sélectionné pour l'occasion des titres qui auraient tout aussi bien eu leur place sur un album du groupe et les a offerts (enfin, façon de parler) au label, non pas comme des rognures d'ongles ou des chutes de studio mais bien comme des morceaux à part entière. On y retrouve tout la densité et la poésie du jeune groupe. Epic 45, dans un autre genre, plus souterrain et électro-acoustique y livre également quelques pièces de toute beauté.
Les 3 disques sont en pré-commande sur le site du label pour la modique somme de 30 euros, avec (il me semble) une édition numérique des dits fichiers. Sans sombrer dans le fétichisme de l'objet, on peut se raccrocher à de tels projets pour respirer le bon air du rock indé cultivé et expérimental, inventif et combatif, et formuler (c'est encore la saison) des voeux pour une musique souterraine à taille humaine soignant le contenu comme le contenant, consommée avec vigueur par des gens (bien nés ? blancs ? trentenaires ?) décidés à ne pas avaler n'importe quel m*** en boîte. Avec Monopsone, Violens et ses amis, l'année commence plutôt pas mal.
Violens - It wouldnt be perceived Voir aussi - diapo : le vinyle dans l'art
Par Benjamin Berton