
Miike Snow, comme son nom ne l'indique pas, est un trio. D'un côté, on retrouve les compositeurs et producteurs suédois Christian Karlsson et Pontus Winnberg, qui forment le groupe Bloodshy & Avant. Partageant un background commun de DJs et de membres au sein de groupes électro et new-wave, ils ont ensuite fait ensemble la plus rare transition vers des succès commerciaux, avec des artistes de l'acabit de Madonna ou Kylie Minogue. Leur fait d'armes le plus connu : être à l'origine du tubissime "Toxic" de Britney Spears, probablement le meilleur morceau de la popstar.
De l'autre côté, face à ses génies de la prod, on trouve l'Américain Andrew Wyatt. Artiste solo signé chez Columbia, il forme avec un ami l'éphémère groupe les Funkraphiliacs à 18 ans ; quelques années plus tard, il est bassiste et compose quelques uns des meilleurs titres de The A.M., aux côtés de Parker Kindred, l'ancien batteur de Jeff Buckley. Pas vraiment de la même trempe donc, les trois futurs Miike Snow se rencontrent sur un projet commun, et commencent à sévir à partir de 2007, à grands coups de remixes bien sentis (Vampire Weekend, Peter Bjorn and John...). Finalement, le trio décide de s'enfermer à Stockholm dans une vieille maison, l'ermitage résultant dans l'enregistrement d'un premier album. Sorti en mai 2009 sur l'excellent label Downtown Records, le trio qui souhaitait simplement s'amuser en faisant de la musique ensemble est vite dépassé par le succès de cet album éponyme.
Compte-tenu de leurs backgrounds bien différents, il était assez difficile de prévoir à quoi ressemblerait le résultat de leur collaboration ; en un mot comme en mille, l'association fonctionne à merveille. Si vous cherchez un successeur à "Toxic", passez votre chemin ; c'est le genre d'album qui s'appréhende comme un ensemble, harmonieux, pop, plus qu'une compilation de hits . Beaucoup de synthés, de pianos, et de batteries live en fond : Miike Snow évite l'écueil d'une électro-pop scandinave froide et calculée, sans pour autant abuser des effets dance/techno qui auraient pu rendre le tout un peu indigeste. Les arrangements soignés et le songwriting assez noir de Wyatt permettent d'avoir ce résultat grisant où des refrains entêtants, et somme toute assez simples, se voient contrebalancés par une certaine mélancolie. Le morceau "Cult Logic", avec son refrain imparable, fait irrésistiblement penser à Passion Pit, même si dans son ensemble, cet album ressemble plus à du Animal Collective, à l'image de titres comme "Animal" ou "Burial". Mais Miike Snow s'essaye aussi avec brio à la ritournelle midtempo sur "Faker", et délivre un épique morceau de 6 minutes qui réussit à passer de la ballade au tube taillé pour le dancefloor, "Silvia".
S'il n'est pas parfait et souffre de quelques passages moins réussis, il n'en reste pas moins qu'il fait partie de ces albums dont la découverte est un vrai plaisir. Les trois compères, qui ont pour habitude de cacher leurs visages (masques chirurgicaux pour une photo promo, recouverts de glace dans le livret de l'album), n'avaient pas prévu de tournée consécutive à la sortie de l'album. Mais leur participation à celle de Lykke Li et leurs rares apparitions aux festivals estivaux (Loopalooza et Osheaga) ayant été de francs succès auprès du public, Miike Snow se sont fait une raison, et ils tournent en Europe jusqu'à la fin de l'année.