
La Terre Tremble !!! - Nancy 2009
Pas d'avant-goût ici de la prochaine Coupe du Monde de Rugby, mais le résultat mitigé d'une soirée math-rock organisée, une fois encore à la Péniche Excelsior du Mans. Opposée, rassemblée sur un même ticket, la fine fleur du math-rock cette science rock industrieuse dont la mode avait été brillamment lancée par Foals et le label Transgression il y a quelques années. Par "math-rock", on entend une mécanique rock mi-shoegaze, mi-mathématique donc qui envisage de faire du bruit avec des instruments traditionnels (batterie, basse, guitare) en tentant de reproduire la virtuosité et la rapidité de machines électroniques. Le tout peut être relevé de voix et d'effets spéciaux, distorsions, synthétiseurs, etc, selon les envies et personnalités des groupes.
Il y a quelques jours, c'étaient les Rennais de la Terre Tremble!!! , fort d'un récent album, et les jeunes pousses néo-zélandaises de So So Modern (sur Transgression d'ailleurs), justement,en tournée mondiale, qui s'affrontaient pour un match stimulant mais finalement assez moyen. Alors que les Néo-Zélandais étaient précédés d'une renommée flatteuse : 2 ou 3 EP très remarqués depuis 2005, un trio composite et tendance avec un clavier, une guitare tenue par un Asiatique charmant, un batteur expérimenté et un album tout juste sorti plutôt convaincant, ce sont les Français qui ont finalement le mieux tiré leur épingle du jeu. Desservis par un profil bas typique du genre et un petit manque de charisme, le trio rennais a affiché une belle virtuosité, une maîtrise assez impressionnante de ses instruments, alignant sur un mode mi-jazz (on brode sur des motifs en improvisation très contrôlée), mi-rock, des titres plutôt emballants. La Terre Tremble!!! alterne les morceaux bruyants et des intermèdes où le batteur démarre à la guitare, plus mous et folk du genou et qui sont montés de façon intéressante par des empilages de voix à la Animal Beach House Boys Collective Pow Wow. Le tout est bien tourné, incisif parfois, plus rarement génial et donne envie d'en savoir plus. Leur deuxième album, Travail, ramené à la maison, est une vraie réussite et rend justice à la complexité et à l'intelligence de leur travail. Le secret du groupe est de déjouer les pronostics mélodiques les plus assurés en faisant dérailler littéralement leurs morceaux. Le format chanson y perd, l'efficacité aussi de temps en temps, mais la mécanique est suffisamment séduisante pour qu'on passe en leur compagnie un excellent moment.
A côté de la sobriété des Rennais, on sent d'emblée chez les So So Modern l'influence anglo-saxonne. Le look est étudié (pas que les autres soient sapés comme des sacs), coloré et la mécanique de samples (sonneries, bruits bizarroïdes, claviers vintage) donne à l'ensemble un panache qui masque (un peu) le manque de maturité musicale. Les So So Modern ont reçu un peu partout des bonnes critiques mais n'arrivent pas à la cheville des Future Islands, repérés l'année dernière, ou de la plupart des autres groupes du genre. Leur math-rock est, comparé à celui de la Terre Tremble, digne d'un cahier de vacances pour CE2 : bourrin, assez bébête mais follement énergétique. Sur les meilleurs titres, les Néo-Zélandais bourrinent à coup de grosses basses et emmènent leur monde dans leur logique hypnotique. Les voix, comme chez la Terre Tremble !!!, se répondent en criant un peu trop, posant véritablement le problème essentiel du math rock : MAIS C'EST QUAND QU'IL FAUT CHANTER AU JUSTE ? Il faut aller au bout de la logique. On ne peut pas déconstruire le format chanson et se plaindre ensuite qu'on n'arrive pas à poser un couplet ou un refrain correctement. So So Modern est une belle machine mais une machine qui produit du vent. C'est grossier, ça peut faire danser mais il y a des ficelles qui pendent de partout. Quand le groupe veut se rattraper, il ralentit la cadence (tricheurs!) et engage un morceau new wave qui rappelle Indochine (mon dieu) ou les Cure après une vasectomie. C'est moche mais, si on ne s'ennuie pas complètement, on en vient même à regretter le tremblement de terre initial. Bilan des courses : peut mieux faire pour tout le monde (sans doute) et Viva la France. De toute façon, on a toujours préféré la littérature aux maths. Cela tombe bien.
So So Modern - Live la Flèche d'Or 2009