
Retrouver The Divine Comedy en 2010 ne nous rajeunit pas. En pleine période Inrocks, on avait fait partie de ses premiers supporters en 1993 ou approchant. On l'avait suivi dans ses délires et en train d'enquiller des medleys succulents de Queen, Madonna et des Pogues dans des salles grandes comme 2 timbres poste.
Plus de 15 ans après, Neil Hannon est revenu tout seul : officiellement parce qu'il aime ça (ce qui n'est pas faux) mais aussi parce qu'emmener un groupe en tournée coûte beaucoup trop cher pour ce qu'il vend de disques aujourd'hui. est publié sur Divine Comedy Records et cela en dit long sur le statut de l'Irlandais en dehors de l'Hexagone. Ce n'est pas parce qu'il est tout seul que Neil Hannon n'a pas emmené son orchestre avec lui. Il a sa main droite qui fait les cordes, la main gauche qui fait le groupe et sa troisième main qui bat la mesure. Au piano et de temps en temps à la guitare acoustique pour se dégourdir les jambes et respirer, la Divine Comedy reste après toutes ces années un groupe/homme qui ne vous décevra jamais sur scène, le seul véritable ami sur lequel vous pouvez toujours compter, pour rire, cabotiner avec grâce, verser une petite larme d'émotion et penser à vos amours perdues. Le visage de Neil Hannon a un peu changé : il s'est asséché. Ses traits sont plus anguleux que par le passé. Son oeil est moins brillant mais qu'est-ce qu'il joue bien. Au bout de 2 titres, il tient son public dans la main. Il n'a même pas besoin de jouer l'ouverture de son nouvel album "Down The Street Below" pour emballer. Au lieu de ça, il sert le bouleversant "Mutual Friends" (l'histoire d'un type qui rate le coche avec une nana emballée au dernier moment par son "mutual friend"), "Tonight We Fly" comme à la parade, avant de rebondir sur un majestueux best-of d'une discographie que redécouvrent ceux qui comme moi l'avaient lâchés (Hannon et sa discographie) depuis 4 ou 5 ans.
La scénographie de Hannon est millimétrée mais donne l'impression de l'improvisation permanente (les vidéos du concert à Dublin sont pourtant jouées à l'identique à Paris) : lunettes de vue pour le rigolo et seul rescapé de , "Becoming Like Alfie", attirail city look (la bourse) pour le drolissime "Complete Banker" en rappel du dernier album. Neil Hannon se balade en prince charmant dans une oeuvre aussi dense et brillante que ses textes. L'album échappe à la revisite tandis que le sublime est remis à sa juste valeur en haut de la liste. "If"... est probablement la plus jolie chanson écrite par Hannon, un classique indépassable à l'époque et une merveille plus de dix ans après. Les albums et , chéris par les Français, font une garniture de luxe pour un concert assez épatant de bout en bout et qui embrasse une large palette d'émotions : "Your Daddy's Car" est pas mal mais où sont "Bernice" et "Lucy", "Dont Look Down", "When The Lights Go Out All Over Europe". Il y a tellement de chansons qu'on aimerait entendre qu'on croirait les voir remonter d'elles-mêmes à la mémoire. On redécouvre l'amusant "A Lady Of A Certain Age" (43 ? 63?) tandis que les "Booklovers" manquent à l'appel.
Le public se lève pour la clôture (le toujours pas convaincant "I Like"), les 2 rappels et le concert se referme après une heure et cinquante cinq minutes (une performance en configuration solo) sur l'une des meilleures chansons du dernier album, le tordant et tordu "Can You Stand Upon One Leg". L'allégresse et la tristesse d'Hannon sont communicatives. C'est ce qui fait sa grande qualité scénique. Il s'amuse (le moqueur "Indie Disco") et cela s'entend. Lorsqu'il se plante, ses mimiques ne trompent pas et il en fait immédiatement un instrument de séduction. A ce degré de maestria et parce qu'il joue cette musique si sophistiquée et primesautière, on pense enfin tenir le secret de son succès et de son manque de succès. Ce gars prétend à la légèreté sur chaque note mais est si impliqué qu'il devient léger dans la prétention. S'il avait fait le coq jusqu'au bout, peut-être est-ce qu'il aurait connu un meilleur sort. Comme l'a dit mon voisin idiot à la fin du concert (celui qui m'avait demandé de la fermer) à l'oreille de sa femme : "on a vraiment passé un instant de bonheur." - Oui, tout était réuni pour que la soirée soit parfaite.
Dans la nuit, Hannon fonçait déjà vers une autre date, avec son piano en bandoulière.
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Divine Comedy - If (Dublin 2010)
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