
Le rock aime les faits divers sordides, aime les meurtres, le sang mais aussi les actions qui mêlent horreur, politique et panache. C'est ainsi que l'épisode fameux du détournement du vol Lufthansa 181 en 1977 par quatre membres du Front Populaire de Libération de la Palestine est devenu l'un des sujets préférés de nombreuses chansons dont quelques unes sont rassemblées et présentées ici.
Détourné le 13 octobre, alors qu'il avait décollé de Majorque en direction de Francfort avec 86 passagers, le vol 181 a été pris en main par quatre pirates de l'air mené baptisés Commando Martyr Halime et mené par le mystérieux Capitaine Martyr Mahmud, un Palestinien répondant au vrai nom de Zohair Akache. L'avion détourné près de Marseille fut emmené d'abord à Rome (il visait Chypre mais n'avait pas assez d'essence pour atteindre l'île), avant d'entamer un périple assez fou et inédit qui le mena à Chypre tout de même, Bahrein, Dubai, Aden et finalement Mogadicio où le 18 octobre les services du contre-espionnage allemand menèrent une opération coup de poing spectaculaire baptisée Feuerzauber ("magie en feu"). Les commandos déboulèrent dans l'avion, tuèrent deux des terroristes, blessèrent le chef qui décéda peu après et capturèrent le dernier.
Si l'événement est resté si fameux dans les mémoires, c'est pour le caractère épique de la cavalcade bien sûr, le côté tragique et hautement spectaculaire de son issue mais également pour le mythe politique attaché aux basques du Commando Martyr Halime. The Screamers en 1978 furent les premiers à raconter ses "122 Hours of Fear" d'une manière assez traditionnelle et dans leur registre de l'époque très punk rock. Rappelons que ce groupe de Los Angeles est tenu pour beaucoup pour être l'un des pionniers du synth pop, introduisant très tôt dans sa musique ce qui deviendrait plus tard des musiques électroniques. Avec Public Image Limited, les Screamers ont compté même si plus personne aujourd'hui n'écoute plus les disques qu'ils n'ont jamais enregistrés. Figurez-vous en effet que magie de l'époque, les Screamers ont réussi le prodige d'entrer dans l'histoire du rock sans avoir jamais fait d'album. Leur musique s'échange uniquement sous forme de bootlegs et d'apparitions sur des compilations. Autant dire que ce "122 hours" est un joyau en même temps qu'une curiosité. La version de Brian Eno est évidemment beaucoup plus futuriste, intégrant en guise de pulsations rythmiques, de fond sonore et de textes des enregistrements tirés d'une demande de rançon émise par la bande à Baader au moment du détournement.

C'est avec Luke Haines et son projet Baader-Meinhof que l'on tient bien sûr l'aboutissement de toute cette lignée pop autour du faits divers. En effet, il y a eu synchronisme parfait entre la libération des otages du commando et la mort des 3 tauliers de la célèbre FAR (Fraction Armée Rouge) ou Bande à Baader, à savoir Andreas Baader lui-même, Gudrun Ensslin et Jan Carle Raspe. Le lendemain fut retrouvé mort un jeune allemand enlevé par l'Armée Rouge quelques semaines après le détournement. La vision de Luke Haines, terroriste pop notoire, et développée tout au long du remarquable album Baader Meinhof, tend à faire de ce faits divers un sommet de romantisme et d'héroïsme politique. Haines, sans glorifier trop ouvertement le terrorisme, imprègne sa musique d'une solennité et d'une cadence mécanique qui fait ressentir l'implacable course de l'Armée Rouge et de la clique palestinienne vers son destin tragique avec le charme d'une tragédie antique.
Le faits divers ainsi transcendé devient plus que ce qu'il est, dit plus que ce qu'il n'est pas et permet de servir la légende du rock, faite d'insurrection, de sang et de sueur, en même temps que de sexe (absent ici) et de drogue (itou).
The Screamers - 122 hours of fear
Brian Eno and Snatch - RAF
Luke Haines (Baader Meinhof) - Meet Me At The Airport