
Je suis tombé par hasard l'autre jour sur ces vidéos des Weird Is The New Cool, jeune groupe de rock rap venu de l'Arizona. Il y a 2 ans, j'avais écouté quelques uns de leurs morceaux et trouvé cela pas mal du tout : sautillant, plutôt mélodique et incisif. Les paroles du chanteur étaient chouettes. Le chant précis et la musique plutôt bien serrée. Le chanteur avait une belle gueule incroyable qui rappelle étonnamment celle de Mau, le rappeur perdu (il enregistre toujours - on en reparlera) des maudits et regrettés Earthling. "Beer Pong" avait tout d'un hit. Dans cette vidéo improbable, l'ami Kyle sonne la fin du groupe et est visiblement ému aux larmes (un peu défoncé aussi). C'était la première fois, en ce qui me concerne, que je voyais autant d'émotions dans la dissolution d'un groupe de rock, à peine né puisque les WITNC n'avaient jamais rien enregistré.
A l'heure où on ne parle ici et ailleurs que des groupes qui marchent (et un peu de ceux qui pourraient marcher), les larmes de Kyle ont une saveur tout à fait particulière. Elles dégagent une belle honnêteté et respirent la pureté sur chaque mot. Le rock est une histoire de groupes qui se forment, se font et se défont, de groupes qui réussissent, de groupes qui se plantent, de groupes qui tiennent toutes leurs promesses ou non. Les WITNC avaient quelques atouts dans leur manche pour s'imposer. Ils ont fait quelques concerts intéressants, ont attiré quelques critiques favorables, mais n'auront pas réussi grand chose en définitive.
Le chanteur n'explique pas vraiment d'où vient la décision d'en rester là : des boulots qui se présentent, l'insuccès, le manque de perspective, des petites copines, les parents qui rappellent à l'ordre. Combien de groupes sont perdus pour ceux qui restent. Certains disent que ce sont toujours les meilleurs qui s'en vont. On peut espérer que non. Sont-ce les plus motivés qui subsistent ? Ceux qui croient le plus en eux ? Ceux qui sont convaincus qu'ils font changer l'histoire du rock ou ceux qui n'ont pas le choix car ils n'ont pas d'autre alternative ? Il y a les musiciens bourgeois qui peuvent attendre la chance ou la portent sur eux et ceux qui n'en ont pas. Certains ont des chansons, d'autres même pas. Il y a cette même cruauté à l'oeuvre dans le rock que dans le football, dans le... mannequinat ou dans d'autres disciplines qui peuvent vous projeter un homme au firmament de l'espèce : l'idée qu'on peut ne pas avoir droit à une chute, mais juste rester des siècles à plat, au ras des pâquerettes de la notoriété et du talent, devant la porte, sans oser frapper. Les WITNC ne feront jamais de tournée européenne. Ils ne seront jamais interviewés par personne. Ils n'auront pas leur nom dans les journaux. Mais ils ont formé un groupe. Ils auront vraisemblablement gravé quelques CDs pour leurs amis, les mêmes qu'ils garderont dans les cartons de déménagement jusqu'à un âge avancé, pour, trouillards et fiers, les faire écouter à leurs enfants et petits enfants. C'est ça qui est bien dans le rock : le fait d'avoir essayé, le fait d'avoir tenté sa chance. R.I.P loser.
WITNC - Beer Pong