Les Pixies doolittlent au Zénith

19/10/2009 - 10h24
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Les Pixies doolittlent au Zénith

Ne comptez pas sur nous pour faire la fine bouche. On ne dira jamais "non" à un concert des Pixies tant qu'ils joueront comme cela. Et tant pis pour les rabat-joie et les ayatollahs du rock qui ne s'achètent pas. Passer du statut de groupe iconique qui a raté le jackpot à celui de tiroir-caisse à guitares n'est pas donné à tout le monde : les Pixies s'y emploient depuis cinq années maintenant, comme il se doit, en jouant comme ils l'ont toujours fait, vite, très bien et plutôt fort. Ceux qui les avaient vus au tout début de leur tournée de reformation en 2004 auront apprécié le changement : gros moyens, communication au poil, limite étouffante et jeu millimétré, son poli et d'une netteté sidérante contre énergie à revendre, (petites) fautes de cordes et (tendre) bruit brouillon comme au sortir des répéts il y a 4 ans. Le Zénith n'accueillait pas jeudi et vendredi un quatuor venu du fin fond des années 90, mais une franchise composée de musiciens professionnels venus faire une razzia sur la schnouf.

 

Les Pixies entrent sur scène après 4 ou 5 minutes du Un chien andalou de Bunuel, histoire de faire un clin d'oeil à la veine surréaliste qui parcourt leur oeuvre et qui les a amenés dans cette position qui ne l'est pas moins. Le gros Frank marche en tête, bidon en avant et les pieds à 15h10, suivi de près par son alter ego Santiago, le plus fringant des quatre, sérieux comme un pape. Le magicien Lovering se faufile jusqu'à ses fûts tandis que la petite fiancée de l'Amérique moyenne, Kim Deal, qui a repris quelques kilos depuis la dernière fois mais n'a pas perdu son sourire éclatant, pousse son tee-shirt informe des débuts jusqu'à sa basse légendaire. Pas de mise en bouche, ni d'introduction : le groupe enquille d'emblée quelques morceaux apéritifs tirés des faces B du plat de résistance : "Dance the Manta Ray" fait un effet boeuf, chanté un peu bas par Frank Black, "Baileys Walk" redécouvert pour l'occasion, et puis file assez vite vers , l'album de 1989. Le son est ramassé, très net. Kim Deal semble avoir (par contrat ?) hérité seule du droit de s'adresser au public. A moins que les autres ne s'en tamponnent.

 

Rares sont les groupes où le leader ne dit pas bonjour, au revoir ou ne serait-ce qu'un petit "merci" dans la langue indigène entre deux titres. Frank Black ne desserrera pas les lèvres en dehors du chant et on l'en remercie. Sa voix est un joyau qu'il serait bête de gaspiller en civilités. On s'en aperçoit sur chacun des titres de Doolittle. Il le fait vraiment et comme à la parade. Tout ce que vous avez jamais pu imaginer dans votre chambre en écoutant les disques : il le fait, en aussi bien ou mieux. Doolittle est un monument de noirceur, de stupre biblique et de violence pubère. Frank Black y croit autant que nous aujourd'hui : cela se voit tout de même un peu à son regard. Entre les morceaux (chose inédite chez les Pixies), il s'interrompt parfois jusqu'à vingt secondes pour discuter avec Santiago en tournant le dos à la scène. Si l'on était méchant (et on ne l'est pas assez), on dirait qu'il se moque de ce concert comme de sa deuxième Chevrolet. Frank Black fait Black Francis comme il veut, un peu comme Yves Lecoq et Laurent Gerra peuvent faire Johnny Halliday ou Jacques Chirac. Il se glisse dans le rôle quand il en a envie et peut tromper son monde sans que personne s'en aperçoive, au café du coin comme sur une scène de plusieurs milliers de personnes.

 

"Tame", monté en vidéo Deluxe comme tous les autres titres, nous renvoie à cette idée morbide d'un faux Black Francis en train de réfléchir à l'ironie de tout cela. La mécanique n'en est pas moins belle. On n'aime pas "Here Comes Your Man", assorti d'un clip bouclé un poil ironique. Le batteur ne sait pas chanter, ce qui est tout à fait approprié pour la balade amoureuse "La la Love You", exercice de style assez génial à l'époque et qui arrache un sourire aujourd'hui à Santiago (c'est dire). Cela ne vaut tout de même pas "Crackity Jones" qui reste une tuerie. Ouh. Ouh. "Hey" passe en karaoké. Les paroles s'affichent en fond d'écran dans une police qui ressemble à la police The Cure pour l'album . C'est assez affreux en soi et on ne peut s'empêcher de remarquer que Frank Black est en retard d'un dixième sur le clip. Dépêche-toi bon sang, tu vas rater le refrain. La performance est millimétrée, débarrassée de ce qui fâche. Dire que cela ne gâche pas un petit peu le plaisir serait mentir. On voudrait être un "Debaser" et envoyer tout cela valser. Prendre les Pixies dans un coin et leur rappeler 1989. Kim Deal fait un "Into The White" mémorable dans un nuage de fumée blanche. Tout est parfait comme dans un parc d'attraction. On en oublierait les vingt années de plus. Le public remue comme dans un DVD, des types nagent sur les mains. Les clips soulignent les textes au premier degré. "I Bleed" dégouline de bulles sanguines. Deux rappels en 2+4, joués au galop et Frank Black qui salue par anticipation avant même d'être vraiment revenu, un oeil sur sa pendule commerciale. Une sortie en trombe avec un superbe "Planet of Sound" venu tromper son monde. Le groupe montre les muscles. Rien à redire. Vamos. C'est votre dernier mot ? Tout le monde est content ? "Gigantic". Et hop ! On rallume. Ca ira pour tout le monde, vous êtes sûr ? Ce qu'on ne ferait pas pour se sentir jeunes et beaux. "Where is My Mind ?", c'était le jeudi soir. Au suivant. Au suivant. Que c'est beau le rock n'roll à l'âge industriel.

 

 

 

Pixies - La la Love You

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