Les Oubliés de la pop : Gene - Olympian

08/07/2009 - 11h57
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 Il y a dans le monde des oubliés-de-la-pop des bizarreries qui ne s'expliquent pas. La disparition des Gene, meilleur groupe du monde des années 1995-1996 (devant Blur et Oasis, pendant qu'on y est), fait ainsi partie des anomalies historiques qui ne seront vraisemblablement jamais élucidées. Trop de talent ? Un premier album trop classique et exceptionnel pour que les suivants aient une chance de rivaliser avec lui ? Un groupe trop intelligent, subtil et maniéré pour se payer l'audace de remplir des stades, rallier les supermarchés du disque ? Ou simplement autre chose... Fainéantise, indolence, négligence. L'entrée en matière des Gene intervient en 1994 par une série de trois singles dont l'excellence n'avait pas été égalée depuis l'apparition des Smiths, modèles avoués du groupe et de leur chanteur Martin Rossiter, la véritable star du groupe. For the Dead, Be My Light, Be My Guide et Sleep Well Tonight font d'emblée un effet boeuf : la pop est gracile, aérée, les textes ambigus, romantiques et pleins de sous-entendus, le leader est beau comme un dieu malgré une coupe de cheveux (blonds) à la Menswear qui a un peu vieilli. Quelques mois plus tard, les Gene, propulsés par la hype, lancent dans la mêlée , leur premier album, et probablement ce qui était arrivé de meilleur à la pop depuis une dizaine d'années. L'album est concis (11 titres), sans aucune faiblesse et délicieusement crâneur. Gene grimpe en tête des charts et aligne les tubes. "Car That Sped" fait de l'oeil à "There Is A Light That Never Goes Out", "London Can You Wait" rappelle le désenchantement et la poésie urbaine de Oasis ou de Suede, la classe et la culture en plus. Venu du Pays de Galles, Rossiter en met plein la vue avec des paroles brillantes, une capacité à décrire des situations désespérantes et désespérées avec une justesse, une énergie et une intensité rares. Lancé enfin en single (il grimpera à la 18ème place des charts UK), la chanson "Olympian" est à elle seule un petit joyau et un condensé de l'écriture des Gene. Le titre parle d'amour d'une manière inattendue : la relation est perçue comme tendue et douloureuse, passionnelle au point que l'amant qui chante semble se donner en offrande à son partenaire mais aussi reposer entièrement sur l'autre. C'est l'amour qui rend raisonnable, normal et son absence qui plonge dans la folie. Les références uraniennes sont inversées et le romantisme qui se dégage de l'ensemble imparable. Les Gene enchaîneront assez vite avec un deuxième album, , plus sophistiqué que le premier et sur lequel la place des guitares (Steve Mason, le Johnny Marr du groupe) est plus imposante. Les arrangements sont plus travaillés et l'ensemble perd quelque peu en simplicité, même si quelques titres font leur chemin parmi le public fidèle qui accompagne le groupe de villes en villes. "Fighting Fit" se défend bien et "We Could Be Kings" laisse un excellent souvenir. La rupture intervient finalement 2 ans plus tard quand Gene après des problèmes sérieux avec son label, lance dans l'arène un au son brutal et au contenu plus politique. Excellent et inattendu, le CD désarçonne et se fait étriller par la critique habituée à entendre un groupe aux compositions léchées et plus proches du crooning que de la saillie punk rock. L'album n'est pas sans qualités : "As Good As It Gets", "Mayday" ou "Fill Her Up" sont d'excellents titres mais la période du désamour est ouverte.  En 2001, le groupe de Rossiter tentera un tout pour le tout majestueux avec Libertine, une petite merveille autoproduite (les Gene montent leur propre label et remplissent les stades aux Etats-Unis) et qui aurait mérité un meilleur sort. "Is it Over ?" et "Does He Have A Name ?", les deux singles qui échapperont au naufrage sont là pour en témoigner : Rossiter n'a jamais aussi bien chanté. La musique de Libertine est revenue au niveau exceptionnel qui était celui d'Olympian. Rossiter se met à nu mais rien n'y fait. Le groupe semble condamné à enchaîner des tournées victorieuses (des tickets vendus en un temps record comme on viendrait voir des has-been magnifiques ou une reformation avant l'heure d'un groupe qui ne s'est jamais séparé) et des disques boudés par la critique. Rossiter qui rêvait d'une destinée à la Morrissey, se rase la tête et préfère jeter l'éponge. Les Gene explosent en douceur et avec classe en 2004, intégrant la liste (assez fournie) des grands groupes qui sont passés à côté d'une destinée glorieuse. La plupart des membres du groupe se recyclent dans le business du rock : certains comme manageurs (de British Sea Power, notamment), d'autres poursuivant l'aventure dans des groupes obscurs (Palace Fires pour Steve Mason). Martin Rossiter se retire à Brighton où il s'investit dans la vie locale : il monte une boutique de disques, donne des cours à la faculté sur le song writing et mijote depuis, hum, 3 ou 4 ans maintenant, un hypothétique retour en solo qu'on attend avec une impatience non dissimulée. En attendant, on peut se replonger sans hésitation dans l'univers de ce groupe typiquement anglais, injustement sous-estimé et fier comme Artaban. "London, can you wait for all the things I need to say / How long can you wait ? / I was having the time of my life / So why did you have to die ? / I'm lost / Again" chantaient les Gene sur l'un de leurs meilleurs titres. Sûr qu'on peut attendre longtemps après un tel groupe, mais pas trop...

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