
Mieux vaut se dépêcher d'y jeter un oeil avant que la censure aprenne le japonais et débarrasse le net de ce clip (à moins qu'il ne s'agisse tout bonnement d'une publicité, peu importe) : la nouvelle vidéo de Prince donne une bonne idée de ce qu'on peut attendre de son nouvel album : à peu près rien.
Prince - Crimson and Clover
Il y a un problème avec Prince et un problème de taille. Ce n'est pas tant que ses nouvelles productions soient décevantes (elles ne sont pas mauvaises), qu'elles soient maintenant seulement accessibles par le net (payantes ou Hadopistyle...) ou assorties de productions moins brillantes (l'album de Bria Valente qui accompagne le disque principal est un désastre), le problème avec Prince, c'est qu'on a du mal à aimer vraiment ce qu'il fait maintenant.
"Crimson and Clover" est un titre qu'il a dû décliner un bon millier de fois depuis la période : ça pétille, ça solo de guitare, ça électrifie et ça divague un peu mais à quoi bon ? Le problème avec Prince c'est que peut-être on en a un peu marre de son personnage et aussi de ses gimmicks musicaux. Lotusflow3r est truffé de longs passages de guitares qui en 2009 ne font plus un effet boeuf. Les métaphores de l'amant surpuissant qui donne des coups de reins clipés dans l'air en assaillant un cul imaginaire ont un peu de mal à passer aujourd'hui. Si c'était Bigard qui s'y collait, on dirait qu'il est vulgaire. Il y a d'autres symptômes inquiétants sur cet album. "The Morning After" qui est objectivement une excellente chanson uptempo ressemble à un titre tombé de en moins bon. "Feel Good, Feel Better, Feel Wonderful" est un énième boeuf jazzy rock où une clique de choristes cuivrés s'excite alors que Prince balance du cul en rythme. "Love like jazz" est le slow qui mouille la culotte de trop ou un peu trop la même culotte au choix, si bien qu'elle ne mouille plus. Et puis quoi ? Il y a une chanson qui s'appelle "$" et qui n'est pas mal du tout, l'histoire d'une nana (une p*** ?) qui nous aimera toute la nuit. Après plusieurs décennies, il est tout de même étonnant que personne n'ait indiqué à Prince que ce genre de filles n'existait pas et qu'il vivait dans un monde un peu... à part.
Enfin bref, j'ai beau avoir dit énormément de bien de son et même écouté un peu son (chez Prince, mieux vaut le sexe que l'écologie de toute façon), Lotusflow3r marque une rupture. Oui, on peut se fatiguer du génie et surtout du génie qui se répète à l'infini. Il y a eu une période d'une dizaine d'années - ce qui est énorme -, disons entre 1981 et 1991, où Prince inventait la musique du XXème siècle. Il semble qu'il inaugure aujourd'hui une décennie de radotage. Bien sûr, un Prince sur scène vaudra toujours son pesant de cacahuètes mais il n'y a pas un océan entre le Michael Jackson de l'O2, sorte de freaks sublime, et le Prince de cabaret qui remplit des salles pour faire le zouave. Tous les deux sont des monstres plus morts que vivants. L'un est empaillé. L'autre ne vieillit pas sans qu'on sache pourquoi... MJ et Prince se tiraient la bourre dans les années 80 pour savoir qui seraient le meilleur à la fin. Ils ont tous les deux gagné mais pas sûr que ce soit une bonne chose pour nous.
On peut évidemment écouter Lotusflow3r avec plaisir et y trouver des tas de qualités. On peut dire qu'il annonce un retour en forme, un clin d'oeil aux grandes années électriques, la revanche du psychérock sur la concision et le new wave, une tentative d'aller à rebours du nouveau rock. Lotusflow3r est sensuel, sexy, funky, érotique, chaud bouillant mais pas nous. A trop nous tourner autour avec la langue sur le bout des lèvres, Prince nous écoeure un peu. Sa musique n'est plus de notre âge et pas du sien non plus. Jalousie ?
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