
Angelic Upstarts - Liddle Towers - EP version
The Jam - Time for Truth
Ce n'est une nouvelle pour personne : la scène punk était l'une des plus "class conscious" que le monde des musiques populaires ait jamais abrité. Parmi les épisodes importants du mouvement, figure un décès aujourd'hui oublié qui allait servir de point d'appui à un certain nombre de réglements de compte entre les groupes punk, pop et l'autorité. La police pour dire les choses.
Le 16 janvier 1976, un dénommé Liddle Towers, électricien de profession, boxeur amateur et âgé de 39 ans, était serré par 6 policiers à la sortie d'un club dans la petite ville de Birtley, suite à une petite bagarre... entre amis. Embarqué au poste sans ménagement, Liddle Towers fut emmené au poste de police le plus proche à Gateshead. A 4 heures du matin, Towers fut transféré à l'hôpital parce qu'il ne se sentait pas bien. On l'examina sans trouver aucune trace de blessure et il fut reconduit au poste, où il fut libéré le matin suivant après une nuit (courte) passée en cellule. L'affaire Towers démarra le lendemain vers 14h quand le chauffeur de taxi qui le ramena chez lui puis son médecin de famille constatèrent que Towers était sévèrement amoché et avait dû sacrément dérouiller pendant sa garde à vue. L'électricien avoua plus tard en petit comité :"qu'il avait ramassé un peu pendant la première bagarre mais que cela n'avait rien, rien à voir avec ce que lui avaient mis ceux qui l'avaient attaqué en cellule." Le 16 février 1976, Towers succomba dans des circonstances restées partiellement élucidées des suites des blessures reçues ce jour des mains des policiers. L'affaire donna lieu à un débat parlementaire et remua l'opinion. Towers devint pour les punks le symbôle de l'oppression policière, du racisme de classe et du mépris avec lequel l'Etat traitait les petites gens. Plus grave encore, en octobre de la même année, un verdict fut rendu suite à la plainte déposée par la famille de Towers qualifiant le décès du bonhomme d'"homicide justifié".
L'affaire tombait alors dans le domaine public et passait dans la pop au travers de deux chansons impeccables : le rageur "The Murder of Liddle Towers" des Angelic Upstarts, l'un des plus sérieux groupes punk de la période, aussi consistants que les Sex Pistols, et l'extralucide "Time For Truth" de The Jam et de leur chanteur Paul Weller. Tandis que les Jam réclamaient froidement : "Bring forward the six pigs, We wanna see them swing so high, Liddle Towers", les Upstarts braillent depuis 30 ans comme sur ce (mauvais) extrait vidéo d'un festival punk à Durnham qu'on a tué Liddle Towers. La chanson originale des Upstarts est phénoménale, angoissée et revancharde. Lorsque le chanteur Mensi termine sa séquence en murmurant simplement "Murder, murder", l'ambiguïté est à son comble. On ne sait pas s'il se lamente sur le sort de Towers ou s'il en appelle lui-même au meurtre. L'essence de la rebellion punk est toute entière contenue dans ce cri de rage et de désespoir, son poing tendu vers le pouvoir. La révolte sonne.
Why did he die, or did they lie?I think he's dead, so a doctor saidHe was beaten black, He was beaten blue But don't be alarmed, it was the right thing to doThe police have the power, Police have the rightTo kill a man to take away his lifeDrunk and disorderly was his crimeI think at worst he should be doing timeBut he's deadHe was drunk and disorderly and now he's dead
En 1978, un procès en révision tenta d'apaiser les esprits. L'homicide justifié fut requalifié plus justement en "mort accidentelle" mais aucune condamnation ne fut prononcée contre les policiers responsables qui soient courent toujours les rues, soit coulent une retraite heureuse, tandis que Liddle Towers....
Angelic Upstarts - The Murder of Liddle Towers - Live 2009