Le crash de Munich 1958 : vive le football, qu'ils disaient

11/06/2010 - 12h17
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Le crash de Munich 1958 : vive le football, qu'ils disaient

Coupe du Monde oblige, notre série pop et faits divers parlera aujourd'hui de football d'une bien drôle de manière. Si on vous fera grâce (pour cette fois) des dizaines, voire des centaines d'hymnes au foot que des groupes plus ou moins avouables ont sortis au fil de l'Histoire, il est un incident certes ancien qui est resté depuis dans les mémoires de nombreux fans de musique pour avoir donné naissance à quelques chansons des plus réussies : le crash du Vol 609 de British Airways le 6 février 1958.

Si l'histoire des "Busby Babes", du nom de l'entraîneur qui les forma depuis l'enfance jusqu'à l'âge adulte, est aussi célèbre, c'est parce que la perte d'un avion après sa troisième tentative de décollage sur l'aéroport de Munich avec à son bord l'équipe première de Manchester United de retour d'un match de coupe d'Europe contre l'Etoile Rouge de Belgrade ne pouvait pas laisser indifférent les musiciens de cette période ou ceux qui garderaient à jamais le souvenir des 23 victimes du crash (sur 44 passages - joueurs, journalistes, dirigeants,...).

 

Le crash idiot est sans doute à mettre sur le compte du capitaine Thain, pilote pourtant expérimenté, qui, de peur d'être en retard et de devoir passer la nuit à Munich, décida de relancer l'avion pour une 3ème tentative de décollage alors que les moteurs ne le voulaient pas. Thain lança l'avion dans une course folle après que celui-ci a heurté un petit monticule de neige (il neigeait ce soir là) qui lui fit quitter la piste (après avoir perdu de la vitesse), se couper en deux sur une barrière et achever sa course sinistre dans la maison d'un particulier. Thain fut considéré comme le principal responsable : il n'avait pas déneigé ni dégelé convenablement la structure et n'aurait sans doute pas dû s'engager dans ce mouvement idiot. Si la postérité des Busty Babes est telle aujourd'hui, c'est à la fois parce que 8 joueurs de l'équipe trouvèrent la mort dans l'incident  mais aussi parce que c'était toute une génération de footballeurs doués et mignons qui s'envolaient dans la nuit munichoise. L'impact fut énorme sur le football anglais : celui de le perte d'une équipe pour Manchester (qui perdit le titre dans la foulée), celui de l'absence de ces visages angéliques qui ne renaîtraient avec cette force que quelques années plus tard avec les Georges Best et Bobby Charlton, plus tard encore avec les Giggs, Beckham et Cantona. Plusieurs livres passionnants ont été écrits sur les Busty Babes dont le culte continue d'être célébré tous les dix ans. Pour le 40ème anniversaire de l'accident, Eric Cantona en personne avait rallié une équipe de stars européennes à Old Trafford pour une collecte en faveur des survivants. Plusieurs joueurs respectés passèrent de longs mois à l'hôpital. D'autres cessèrent de jouer définitivement. D'autres sombrèrent dans la dépression. Il y a un romantisme terrible dans cette histoire de mort et de jeunesse sacrifiée, de renoncement et de survie.

 

Côté musique, l'incident est à l'origine d'une des plus belles chansons de football, "The Flowers Of Manchester", reprise un peu plus tard (1962) par les Spinners, mais aussi de relectures plus contemporaines comme la très émouvante version de Morrissey, "Munich Air Disaster 1958" ou encore des The Futureheads, pourtant de Sunderland, qui sur leur album , chantaient sobrement (pour eux) : "Cut down in their prime / In silence, on that day / February 58, they got what they need / From Belgrade and back home to sleep". Cette idée de jeunes princes charmants qui s'endorment et disparaissent est l'une des images fortes de la chanson de Morrissey qui reprend les motifs de la neige, du sommeil en mettant en valeur le choc émotionnel ressenti par les survivants. Avec son mélodramatisme habituel, le chanteur des Smiths s'associe à la mort des Babes et regrette de n'en avoir pas fait partie : "We miss them / Every night we kiss them / Their faces fixed in our heads / I wish I'd gone down / Gone down with them / To where Mother Nature makes their bed". On ne sait pas s'il parle du point de vue d'un survivant ou de celui d'un fan traumatisé. C'est juste bien foutu.

 

Le football est un sport cruel quand il se mêle d'aéronautique. Il y a les légendes qui se bâtissent sur le terrain et celles qui se font en dehors dans le drame, le sang et l'histoire. D'entre toutes, le crash de Munich 1958 est sans doute la plus pure et la plus fabuleuse.

Flowers of Manchester - original version  

The FutureHeads - News and tributes  

Morrissey - Air Munich Disaster 1958

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