
Etrange endroit que la salle Pleyel pour accueillir le dernier jour du nouveau venu des festivals branchés parisiens : l'archicomplet et réussi Festival Days Off. Alors qu'on n'a pas entendu parler de la prestation de l'ami Pete Doherty dans ce cadre, que les retours sur les prestations de Patrick Watson et Julian Casablancas sont bons, on est d'abord frappé par la sociologie du lieu plus habitué à recevoir des manifestations classiques. 17ème arrondissement. Hôtesses chics et croque monsieur à 12 euros aux abords, on se dit que cela s'engage assez mal pour un final en forme de double affiche avec Alela Diane en première partie, la petite folkeuse qui monte depuis la sortie de son .
Le lieu est guindé, la grande salle ressemble à une... grande salle, aussi chaude et accueillante que la salle de réception du Titanic avant le naufrage. L'Etoile a convoqué un public de riverains géographique et social : la collection de types en chemises bleues (sans auréoles sous les bras), de couples CSP++, de professeurs des écoles, de minets qui ont sans doute emprunté la carte d'abonnement de leurs parents est complète et singulièrement effrayante. Ce n'est pas la prestation d'Alela Diane, accompagnée de son papa aux enluminures à 6 cordes, qui allait nous rassurer tant, dès le début, on se dit que l'heure va être longue. Un peu jolie et empruntée, la chanteuse californienne qu'on avait entendue que quelques minutes jusqu'ici en White Session chez Bernard Lenoir nous rappelle combien les hippies folkeux des années 60 devaient souffrir avant que Dylan ne se convertisse à l'électricité. Voix qui module atrocement, guitare qui joue toujours au même rythme, accompagnement digne d'un manuel du castor junio rockeur, le set d'Alela Diane est une souffrance comme on n'en a pas vécues depuis des années. Les titres s'enchaînent en brouet symptomatique Gypsy Kings : l'impression que la même chanson est répétée dix fois de suite, tandis que les chemises bleues applaudissent en adressant des moues de satisfaction à leurs moitiés pimpantes en robes de soie à épingle. On se sent seul. A l'écoute des textes, on parvient à oublier une voix certes assurée et puissante mais qui module en Cranberries Castaforiale au point qu'on envisage sérieusement de se pendre au lustre après 20 minutes plus longues qu'un Japon-Paraguay de Coupe du Monde. Le papa est l'attraction de ce set en duo : solide, concentré, sorte de hippie bienveillant emmené dans les bagages de sa fille pour renforcer l'ambiance famille, feu de camp et brochettes au saumon. Mon voisin de droite me demande de la fermer et de garder mes commentaires pour moi. Je m'écrase en maugréant que dans 2 semaines j'irai voir Wavves à la Flèche d'Or avec mon skate surf punk et que le rock ce n'est pas ça. La voisine de derrière me soutient, enceinte jusqu'aux oreilles, et murmure : "cette fille est un cauchemar". Alela Diane enquille les banalités et les révélations à la médiapart : "je suis contente de revenir à Paris", "il a fait chaud aujourd'hui. Il y a eu des orages dans le Sud". "J'ai des amis dans la salle... de San Francisco. Je vais les retrouver après le show". On est content pour elle. Il ne faudrait pas qu'elle rate l'apéro. Au bout d'un moment, une douce langueur s'empare de nous. La salle est rafraîchie et c'est un bon point pour tenter un roupillon. Les textes sont si risibles (même pour de la musique folk) pour qu'on arrive à fermer l'oeil. On rit sous cape : "A song for my friend Madeleine. I've spent sometime in the South of France. Madeleine is cool. The sun shines. The wind blows." Diane chante au moins 3 ou 4 chansons qui parlent de chaussures, de boots (dirty, bien sûr) et on se dit qu'il y a un truc qui cloche. Elle a fait anglais deuxième langue, c'est sûr ! Pourquoi parler autant de godillots ? Le set se referme sur l'émouvant "Mummy". Papa part en coulisses. Mais qu'est-ce qu'elle fait mummy pendant que papa et fifille font de la guitare ? Elle repasse ? "Ma maman est cool, elle m'a donné la vie. Mama merci. Elle m'appelle mon petit oiseau. Elle me chante des mélodies. Elle me donne des mélodies, des mélodies, des mélodies. Quand je serais maman, je ferai la même chose avec ma fille. Je lui chanterai des mélodies, des mélodies. Je l'appellerai mon petit oiseau." Snif. Ca va loin. C'est un peu émouvant aussi. Je rappelle à mon voisin que le folk bucolique et poétique n'a aucune forme d'intérêt si les histoires ne se détraquent pas à un moment ou un autre. Boboland s'en balance. Chacun a une mère. Le chant de sirène d'Alela Diane trompe tout son monde. Si j'étais Ulysse, je me jetterais à l'eau et m'enfoncerais une botte entière de persil dans les oreilles. L'heure la plus longue s'achève. On respire. Les chemises bleues se lèvent pour se dégourdir le pantalon de costume. Les dames vont aux toilettes et on attend la suite. Survivre à Alela Diane par temps de canicule, ce n'est pas donné à tout le monde. Il ne faut pas exclure qu'elle soit la chanteuse la plus surestimée du moment. Lire aussi MC Divine Comedy mène la danse à Days Off
Alela Diane - White as Diamonds