Le cercle des reprises improbables #5 : One de U2

11/12/2008 - 15h11
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Le cercle des reprises improbables #5 : One de U2

Bassi Assad - One (Cover)

Jean-Louis Aubert et Cali - One (live cover)

Anonyme - One (acoustic cover) "One", chanson de U2 sortie en 1992, est souvent citée parmi les meilleures chansons de tous les temps. Ce n'est pas un hasard ainsi qu'elle soit aussi l'une des chansons les plus reprises au monde : les plus grands s'y sont mis et les plus petits aussi comme en témoignent les 3 vidéos ci-dessus qui présentent la particularité de démontrer qu'on peut jouer mal une bonne chanson, sans faire en sorte que celle-ci disparaisse complètement. Cela pourrait d'ailleurs constituer l'une des caractéristiques des très très grands titres : l'impossibilité, aussi nul soit-on, de les massacrer complètement. D'une façon ou d'une autre, le souvenir inconscient du traitement original (ici, donc, la chanson de Bono et consorts) est appelé, sans qu'on ait besoin d'y réfléchir, à la rescousse ou pour couvrir les insuffisances patentes de "Magique" Cali et Jean-Louis Aubert, de Badi Assad, la Carla Bruni jazzy brésilienne sur ce coup-là, et de cet anonyme qui le restera. Le succès de la chanson "One", tiré d', repose néanmoins sur un malentendu complet. Pour à peu près tout le monde, le titre est une chouette chanson d'amour entre un homme et une femme, chose confirmée par la larmoyante envolée lyrique finale où Bono met tout son art à vous faire exploser le coeur, comme si la séparation ou la mort en dépendait. Certains font jouer cette chanson à leur mariage comme si le texte prêchait une sorte d'amour passionnel mystique et était une invitation à l'immortalité sentimentale. Si on écoute "One" de près, on se rend compte que la chanson évoque tout à fait autre chose. Non seulement il ne s'agit pas d'une chanson d'amour qui marche mais bien d'une chanson de séparation entre un homme et une femme (1ère interprétation) OU (2nde interprétation) entre un père et... son fils séropositif en train d'y passer. Les bénéfices maousses du single avaient du reste été versés à des associations de recherche contre le SIDA. La chanson est donc tout sauf radieuse et triste à pleurer car l'amour, d'où qu'on le prenne, semble non seulement impossible, n'avoir jamais vraiment fonctionné ("you gave me nothing, now it's all I got") mais surtout être sans issue. En terme de composition, la 3ème version en rend bien compte, "One" repose sur un riff de guitare assez simple qui arrive par hasard alors que The Edge, le guitariste du groupe, cherche un pont instrumental pour "Ultraviolet", le 10ème titre de l'album. Les autres membres se retournent et Bono chantonne la mélodie vocale immédiatement. The Edge brode autour de son canevas de départ, tandis que la chanson du siècle prend forme très rapidement. Encore plus fort, le titre parvient par sa puissance et son évidence à réconcilier le groupe sur la direction à donner à l'album entier. Les fans savent que U2 vivait un sale moment lors de cette période : Bono et The Edge souhaitaient faire d'Achtung Baby un album concept expérimental, politique et électro (une partie de l'enregistrement a lieu à Berlin) tandis que Adam Clayton et Larry Mullen ne souhaitent pas rompre complètement avec l'héritage du U2 rock. L'irruption inattendue de "One" va donc par sa grâce sauver le groupe d'une rupture programmée. Bono et The Edge offrent sur un plateau à leurs collègues un titre classique, ce qui leur permet de lancer dans la bataille des titres plus audacieux comme "Mysterious Ways". De "One", on retiendra évidemment, plus que le refrain emblématique, ce sublime couplet d'un Bono mystique : "Have you come here for forgiveness / Have you come to raise the dead / Have you come here to play Jesus / To the lepers in your head", soit peut-être l'un des plus beaux quatrains de l'histoire du groupe et une merveille de poésie directe et habitée. Du côté des repreneurs, Cali et Jean-Louis Aubert n'y ont rien compris qui chantent une chanson d'amour avec leur romantisme à la française si écoeurant qu'il fait peur, tandis que notre brésilienne semble plus concentrée sur son jeu de guitare (qu'elle a précis, du reste) que sur l'émotion. Des trois, peut-être est-ce l'anonyme, qui étrangement, est le plus fidèle au morceau original ? C'est ça le charme des reprises improbables....

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