Le cercle des reprises improbables #3 : Alarm Will Sound et Aphex Twin

29/10/2009 - 16h37
  • 0

J'aurais pu choisir dans le domaine des reprises classiques de morceaux modernes de parler des travaux du Balanescu Quartet sur le matériel du groupe allemand Kraftwerk. Mais tout le monde connaît ces joyaux par coeur. Cela ne m'aurait pas permis non plus de présenter les virtuoses de l'ensemble classique Alarm Will Sound. Composé d'une vingtaine d'instrumentistes, Alarm Will Sound est un collectif d'origine new-yorkaise qui mélange des musiciens classiques et quelques électroniciens. Ce sont eux sans doute qui ont orienté le groupe vers le travail de Richard D. James et d'Aphex Twin donc, qui donna lieu en 2005 à la sortie d'un album complet de covers. Cette démarche a au moins 2 vertus. La première est, s'il le fallait encore, de donner ses lettres de noblesse à la musique électronique qui, répétons-le, et même/surtout lorsqu'il s'agit de l'electronica la plus avancée, est composée de notes de musiques, de séquences harmoniques, susceptibles d'être couchées sur une partition et interprétées par des ensembles à cordes, des orchestres, des jazzmen, à la guitare ou comme vous voudrez. Oui, Richard D. James est un compositeur de musique, peut-être pas le Mozart de l'electro comme on l'a présenté parfois, mais pas non plus un simple type qui fait chanter les machines en appuyant sur un programmateur.

 

 

 

L'interprétation de "Cliffs", l'un de ses morceaux emblématiques, figurant sur l'album , sorti en 1994, semble un véritable casse-tête pour l'ensemble acoustique américain. Richard D. James présente dans cet album une série de morceaux ambient, dont la texture est très difficile à rendre avec des instruments traditionnels, puisque le matériau originel s'est débarrassé des percussions pour ne s'intéresser qu'à des nappes/couches de synthétiseurs. Du coup, "Cliffs" n'est pas rythmé ou scandé. Alarm Will Sound prend le parti intelligent de jouer l'affaire en délicatesse comme s'il s'agissait de musique atonale et de se concentrer sur l'effet produit plutôt que sur le décalque note à note de l'ambiance. Richard D. James disait de son album, composé en synesthésie (en dormant il combine couleurs-nombre et sons), qu'il donnait le sentiment de "se trouver à l'intérieur d'une centrale électrique sous acide". Débrouillez vous avec ça. Alarm Will Sound travaille avec la matière Aphex Twin comme ils l'avaient fait en d'autres occasions avec Steve Reich, Michael Gordon, ou Philip Glass. A l'arrivée, on ne peut s'empêcher toutefois de trouver l'original bien meilleur que son interprétation, ce qui nous amène à notre seconde conclusion du jour : le jeu des reprises démontre que la musique électronique est non seulement de la musique (hé oui) mais une musique qui a sa propre autonomie, sa propre logique, son propre système d'organisation. En gros que le média (le synthé ici) commande en partie la partition. Derrière l'évidence, est battue en brèche cette idée bien enracinée selon laquelle la musique ne serait jamais qu'une partition et rien qu'une partition. Rien n'est plus faux. La musique est une partition POUR un instrument précis, pour un objet avant d'être une partition pour un interprète.

 

 

 

Pour en revenir à la sensation laissée par ce "Cliffs", le prodige tient dans la difficulté de rendre par des instruments synthétiques le vertige lié à une sensation 100% naturelle, comme celle de se tenir, debout, face au vent, en surplomb de la mer. Aphex Twin y parvient sans trop de difficultés en montant une boucle hypnotique sur un petit cliquetis reconnaissable qui tient lieu de gimmick mélodique. Du coup, on peut s'amuser à sentir les vents arriver par vagues (le temps est clair, c'est une certitude), à humer l'air du large puis à déporter son regard contre la paroi en prenant garde de ne pas piquer du nez. Les falaises de Richard D. James sont étrangement paisibles et ressemblent à des falaises de contes de fées. Elles sont contemplatives et pas contaminées par des émotions violentes ou romantiques comme dans le "Just Like Heaven" de Cure par exemple, ce qui laisse penser qu'il s'agit bien d'un rêve de falaises plutôt que de vraies et authentiques falaises calcaires.

 

 

 

Vos commentaires

Toutes les rubriques
  • Cinéma
  • /
  • Société
  • /
  • Livres
  • /
  • Télé
  • /
  • Musique
  • /
  • Expos
  • /
  • Forum
articles les + lus
  • la télé qui vous veut du bien La feel good tv, la télé qui vous veut du bien
  • Ces choses à savoir avant un entretien d’embauche
  • BP : la faune marine mutante inquiète
  • Obiwan Kenobi arrêté par la police
  • Si Wes Anderson avait réalisé Battleship Si Wes Anderson avait réalisé Battleship
  • Fast & Furious résumé à ses changements de vitesse
  • Van Gogh, Dali et Picasso disséqués