
Alors que la blogosphère (et plus généralement, les fans de musique du monde entier) attendent fébrilement la sortie du prochain album du groupe new yorkais, profitons de cette fin de décennie et ses multiples bilans, pour revenir sur celui qui fut à l'origine d'une vraie révolution artistique et musicale, j'ai nommé , le disque.
En effet, à la manière du des Strokes, paru en 2001, qui fut pour beaucoup dans le "retour du rock" et la relance du "great rock'n'roll swindle" que nous connaissons, LCD Soundsystem fut celui qui injecta un peu de folie punk dans l'electro, en renouvelant un genre né dans les années 80 avec Gang of Four, Devo ou les groupes Factory, le dance-punk (ou "punk-funk" si vous préférez).Même s'il débarque un peu après la bataille (2005, l'electroclash et le rock qui danse commencent dès 2001), LCD Soundsystem, fait suite à une poignée de singles qui préfigurent la tendance forte à venir. Bien avant The Emperor Machine ou Padded Cell. Bien avant les sucreries disco synthétiques et pop du label Italians Do It Better (The Chromatics, Glass Candy, ...). Bien avant Hot Chip, Simian Mobile Disco, Bloc Party et autre Klaxons, James Murphy et sa bande sortait "Losing My Edge", "Beat Connection", "Yeah". Une danse musique au son crade pour robots déglingués, appuyée par le monologue égocentrique de son leader bien décidé à remettre l'humain, avec toutes ses faiblesses, au centre de l'arène electro. Sous couvert d'un discours aussi distancié qu'hilarant sur ce qu'était devenu la musique à l'heure du cratedigging sur internet, sur son addiction au beat, ou sur rien ("Yeah"), Murphy mettait le pied dans la mare techno et révolutionnait la musique de club en nous rappelant qu'à la sortie des boites, nous avons tous la même tête défaite, la même bouille mi-étonnée, mi-abrutie, d'enfant du siècle.LCD Soundsytem, devait être un mutant. Affichant ces défauts comme autant de qualité, il emprunte aussi bien aux percussions des groupes post-punk mythiques, Liquid Liquid et ESG, qu'aux assauts de synthés sauvages de Suicide et Cabaret Voltaire. Il ose l'opportunisme en invitant Daft Punk à la maison, balance une punk song au milieu d'une orgie de cowbells et de rythmes 4x4 que n'aurait pas renié les pionniers disco, et prouve même qu'il sait écrire de vraies chansons (et qu'il ne manque ni de culture, ni de sensibilité) sur un "Great Release", hommage assumé à Brian Eno, qui clôt magnifiquement ce superbe brouillon.
Alors, oui, en effet, LCD Soundsystem ne convainc pas totalement sur ce disque. La faute à trois singles parfaits, difficile à oublier et qui, collé à ce premier jet, font sonner l'album comme une demi-compilation. son successeur bien nommé , est bien plus abouti, c'est évident, mais cela n'empêchera pas cet album de connaitre une destinée enviable. Il mettra en lumière toute une scène, et durant un temps, les projecteurs se braqueront sur ceux qui ne firent que passer, Radio 4, The Raptures, The Faint, Outhud, et ceux qui restèrent, The Yeah Yeah Yeahs, Bloc Party, Soulwax, The Juan Mclean, WhoMadeWho, !!! (chk chk chk).
L'album donnera aussi de l'importance à DFA, label de Murphy, avec les conséquences que l'on sait sur la musique actuelle, le retour du disco, l'avalanche de rééditions de trésors post-punk actuelle, la reconnaissance de la new wave des 80's (et d'aujourd'hui), comme courant musical majeur. Rien que pour ça, ce disque mérite bien le titre d'album de la décennie non ?
Pour mémoire : La vidéo de "Movement", titre emblématique du phénomène dance-punk tirée de l'album.
Par Maxence Grugier Follow @MaxenceGrugier
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