L'affaire Fuck Morrissey-solo.com, le Moz finira-t-il mangé par ses fans ?

01/07/2011 - 11h47
L'affaire Fuck Morrissey-solo.com, le Moz finira-t-il mangé par ses fans ?

 

On n'avait pas connu un tel orage sur le mozdom (la communauté des fans de Morrissey) depuis trois ou quatre ans, date à laquelle l'ancien leader de The Smiths avait déjà envoyé son avocat menacer son principal site de fans d'une poursuite en diffamation et donc d'une fermeture. A l'époque déjà, le site avait osé commettre un crime de lèse-majesté en laissant libre cours à des fans déçus par le comportement général et musical de leur idole. Cette fois-ci, Morrissey est allé un peu plus loin dans la bataille en arborant pour son rappel à Bradford un tee-shirt noir, marqué de blanc, où figurait l'inscription "FUCK morrissey-solo.com". Tempête dans un verre d'eau, me direz-vous ? Bien sûr, mais à l'échelle du mozdom, et quand on sait le soin que donne le chanteur à ces petits signes extérieurs (un tambourin en main, un tee-shirt, une petite phrase lancée à la volée qui font immédiatement l'objet d'exégèses multiples et de spéculation), on ne s'amusera pas à sous-estimer l'affaire. Petit résumé des enjeux et de la guéguerre déclenchée par le barde à la houpe.  

 

 

 

Morrissey en perte d'inspiration, une communauté de fans déçue

 

Sans maison de disques, Morrissey entame une tournée britannique dans le circuit des salles de seconde zone. Petites audiences. Tournée plutôt convaincante jusqu'à présent qui lui permet de lancer trois nouveaux titres ("Action Is My Middle Name", "The Kid's A Looker" et "People Are The Same Everywhere"). Des trois, seule la 1ère trouve grâce aux oreilles des auditeurs et des fans acharnés. Globalement, Morrissey n'est pas directement mis en cause sur les forums mais la communauté dit un peu plus haut ce qu'elle murmurait depuis 10 ans : le chanteur ne s'en sortira qu'en se mettant "en danger" et en acceptant de se séparer d'un groupe limité et globalement incapable de tenter la moindre aventure musicale. Etrangement, les critiques vis-à-vis de Morrissey (à l'exception de quelques dérapages) sont timides. Contre l'évidence, le public continue de considérer qu'il n'est pas directement responsable de la musique qu'il enregistre (puisqu'il ne l'écrit pas) et que son immense talent est bridé par la banalité voire la médiocrité des compositions qu'on lui propose. En juin, les échanges sont plus violents que d'habitude et, pour la 1ère fois depuis longtemps, on a l'impression que la majorité de la communauté est en train de tomber en déception. C'est dans ce contexte là que l'affaire du tee-shirt de Bradford surgit. La communauté réagit mal et s'enflamme contre cette réaction de désamour manifestée publiquement par l'idole.  

 

Voir notre article : Morrissey tournerait-il en rond ?

 

 

 

Des rapports intimes/initmistes entre le Moz et ses fans

 

Derrière ce petit fait divers, on peut analyser cet épisode au regard des rapports qu'entretiennent généralement les fans avec leurs idoles. Le cas de Morrissey est d'autant plus intéressant que son public est un public fidèle et intransigeant qui a longtemps mêlé l'amour de l'homme (de ses valeurs, de son image, de son look, de ses textes) et l'amour de sa musique. Comme d'autres superstars Morrissey a réussi à produire (ou a provoqué) une adoration qui n'est pas juste liée à un intérêt musical (comme pour aimer Nick Cave, Mogwai ou n'importe quel groupe) mais passe aussi par la création d'un rapport intime/intimiste à ce qu'il représente, à ce qu'il porte. En ce sens, le chanteur anglais est l'un des rares auteurs indé (avec Kurt Cobain, Robert Smith) à avoir généré ce phénomène d'identification sur les valeurs (ou la vie) qui est généralement associé aux chanteurs vraiment populaires et à l'effet qu'ils produisent sur les midinettes (les clones de Lady Gaga, les fans de Justin Bieber etc).

 

Avec l'événement de Bradford, la question se pose comme dans la chanson "Sister I'm A Poet" de savoir s'il est toujours possible d'aimer un chanteur pour ce qu'il est ou quand on n'aime plus sa musique ou ce qu'il fait. Ce qui est en train d'arriver à une grande partie du fandom. "Is evil something you are or something you do", chante-t-il. S'agit-il d'un amour qui s'attache à l'être ou à l'action ? Il n'est pas étonnant que ce désamour s'exprime alors même que l'homme Morrissey envoie lui-même des signaux de plus en plus évidents de son changement : sexualité, action qui remplace la contemplation, hédonisme contre lamentation...

 

 

 

En finir avec cette existence de chanteur

 

Comme dans toute bonne relation amoureuse, la frustration renforce l'adoration. Morrissey est-il un méchant homme vraiment coupé du terrain au point de tirer contre son propre camp quand celui-ci se restreint de plus en plus ? Le chanteur a-t-il décidé de se couper définitivement et inconsciemment de son ancien public de fidèles (qui aiment les Smiths et le Morrissey des débuts plutôt que le nouveau) pour se réinventer ? (hypothèse psychologique tout à fait plausible) ?

 

Est-il un sale con vieillissant et susceptible ? (dans ce cas, est-ce qu'il ne l'a pas toujours été). L'amour de la pop et notamment celle de la pop anglaise telle que l'a prolongée Morrissey est fortement assise sur la nostalgie : nostalgie d'un âge d'or disparu, nostalgie d'une décadence nationale et d'une sorte de décadence morale (les idoles qui deviennent mercantiles, la justice corrompue) qui ne peut aboutir qu'à une recréation du plaisir et de la flamme par l'amour, la violence ou la confrontation. Le message de Morrissey n'a jamais rien dit d'autre que ça. Alors que ces ennemis semblent avoir disparu ou ne plus se soucier de lui (la justice, Mike Joyce, Thatcher, les racistes,...), Morrissey s'est détaché de la réalité sociale et du monde commun pour se trouver des opposants à sa mesure. Il a essayé de défier Dieu à plusieurs reprises avant de s'en prendre progressivement à cet autre corps qui lui renvoyait une image déformée de ce qu'il est : son public. D'une certaine manière, les chansons de son dernier album ("How Could Anybody Possibly Know How I Feel" par exemple) reflètent par leurs titres cette volonté de se couper du monde qui l'aime pour rester seul et s'autoglorifier en se mortifiant.

 

En se payant son fan club, Morrissey souhaite inconsciemment qu'on le massacre et qu'on mette fin à cette existence de chanteur dont il ne parvient pas à trouver la porte de sortie. Tuez-moi, je vous aime, pourrait-il dire dans une pose Don Juanesque, défier, défier à l'infini pour qu'on l'emmène loin d'ici et qu'on le mange comme une hostie. Jésus, Don Juan. Ses fans sont prêts à le croquer tout cru depuis le début. Espérons qu'ils l'entendront.     

 

 

Morrissey - Bradford 2011 - First of The Gang to Die

 

 

Voir aussi- La pop a-t-elle encore besoin d'Amy Winehouse ?- Morrissey, plus célèbre que Jésus ?

 

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