
Joy - Live Mars 2009 - Swords
Je me suis laissé tenter cette semaine à la Péniche Excelsior du Mans (hé oui) par le nouveau groupe de Marc Huyghens, ex-Venus, baptisé paradoxalement Joy. Si le nom de ce nouveau groupe composé de Huyghens à la guitare, aux distorsions et au chant, d'une très jolie batteuse chanteuse et d'une violencelliste appliquée, est paradoxal, c'est parce que le nouveau groupe du Belge volant est tout sauf un groupe joyeux. L'autocollant distribué à l'entrée du concert le dit asez explicitement, ce Joy ne revendique pas le bonheur mais a pour sous-titre "Parce qu'on a trop soupé de la..." Joy ou quelque chose dans ce goût-là.
Sur scène, et devant la quarantaine de spectateurs réunis là par hasard ou pour le bonheur de découvrir, le trio Joy livre un concert impeccable, à l'image de ceux donnés un peu partout depuis 6 mois et qui précèdent, sûrement, la sortie d'un album à venir. Avec une petite heure de concert et une dizaine de titres à leur actif, les Joy sont assis sur un petit tas d'or soyeux. Leur musique est riche d'une belle texture musicale, très soignée, ajustée avec la précision d'une montre suisse et la dégaine grésillante d'une parfaite copie indé. Comme avec Venus, mais en moins rock, Huyghens chante l'alcool, la perte, la peine, l'amour sur un mode qui rappelle le folk rock d'un Bonnie Prince Billy parfois par ses sonorités country, plus souvent les balades hypnotiques et crépusculaires des meilleurs Low. La batteuse aux gants de velours et le chanteur déglingué (pas tant que ça) emmêlent leurs organes sur la plupart des titres pour un chant qui suggère des paysages à l'irlandaise, nuageux et fantômatiques. Si le groupe abuse peut-être des crescendos à deux voix (technique qui fatigue dans la durée et tend à lisser la singularité des titres), l'ensemble est de très très bonne tenue, très classe et d'une élégance folle. On se demande du reste si le résultat sur disque ne sera pas meilleur que le résultat sur scène.
Au final, Joy, avant même d'avoir gravé quoi que ce soit, s'impose parmi les groupes à suivre. On peut parier que le premier album du groupe ne déclenchera pas de phénomènes passionnés, pas plus qu'il ne franchira les limites d'une confidentialité admirative. Il rejoindra tout simplement la liste des disques chéris par les uns et ignorés des autres, la liste des outsiders chevronnés et inestimables auprès des Low, des Tindersticks, des frères Deus et quelques autres. Ce n'est déjà pas mal. Pour ceux qui veulent écouter cela, c'est ici pour le moment.