
Jean-Luc est mort
Avec Jean-Luc Le Ténia, c'est l'une des principales personnalités du Mans (avec Steevy) qui s'éteint de manière dramatique et le mouvement lo-folk français (dont il était le seul représentant déclaré) qui perd son principal artisan. Le Ténia, c'était un homme misérable, sans lustre particulier, un homme qui travaillait le jour à la Médiathèque Louis Aragon du Mans (aux disques ou ailleurs), le genre de mec à lunettes, cheveux et yeux tristes sur le front, qui vous prend la carte de bibliothèque en disant juste :" Bonjour, vous avez pris un article de trop" sans un mot, un vrai professionnel et en même temps un mystère à l'état brut. Lisait-il les recommandations des lecteurs ? Installait-il lui-même ses disques autoproduits dans la boîte (à chaussures) posée près du stand principal où l'on trouvait tous ses disques ? Est-ce qu'il vous considérait quand vous preniez un bon CD en prêt ? Le Ténia était aussi nul que nous, à part qu'il faisait des chansons.
Le Ténia était à sa manière une figure du rock indé français : auteur de milliers de chansons, de centaines d'albums (allez, de dizaines, si on ne compte que ceux qui ressemblaient vraiment à des disques et pas juste à des K7 virales refilées aux uns et aux autres). Le Ténia jouait Daniel Johnston comme s'il jouait le Ténia. Il sonnait enfantin et bêbête mais dézinguait Cantat et d'autres pointures au fusil humoristique. Son "Le Plus Grand Chanteur Français Du Monde" était un petit chef d'oeuvre d'équilibre qui m'a toujours fait penser aux miniatures pop des premiers Babybird. Il faisait des chansons débiles et des chansons touchantes qu'il assemblait avec deux bouts de ficelles pour les faire tenir ensemble. Il y a quelques années Le Ténia avait failli monter à la capitale : il avait été adoubé du bout des lèvres par le petit milieu parisien des musiques alternatives : un peu Wampas qui lui avait dédié un chanson, un peu Despentes et quelques autres, avant de se prendre la Tour Eiffel dans la gueule (Le Ténia était un vrai con, un parasite) et de rentrer la queue basse entre les jambes : son heure était passée.
Difficile de prétendre que ce mec méritait un autre sort : il n'a eu que ce qu'il valait sûrement, que ce qu'il méritait. Ses chansons étaient des cache-misère comme toutes les chansons. On en aimait quelques unes. Pas mal en vérité. Mais on ne les écoutait pas. Les filles en appréciaient certaines. J'imagine qu'à cause d'elles (les chansons), il avait dû en choper quelques unes (les filles). Il y a quelques semaines, j'ai vu Le Ténia à un concert de Beards dans un squat pourri de sa ville préférée. Il avait l'air souriant dans la nuit, seul, comme souvent, mais cool comme Basile. Il buvait une bière en boîte. Le Ténia écoutait la musique avec une attitude exactement opposée à la manière dont il en faisait : sans bouger, sans broncher, sans parler, calme et tranquille, la musique, ses oreilles et lui. Il avait un visage poupin pour un ver de 37 ans. La semaine dernière, Le Ténia s'est suicidé dans son appartement. On en sait pas plus. L'appartement va bien. Je dois rendre mes livres à la médiathèque ce samedi. J'espère que ce n'est pas trop tard.
"Et la terre continue à tourner
les étoiles continuent à briller
l'univers continue à s'étendre
et les filles..." comme il chantait. Il y a un truc qui est plus sévère que la musique : la vie.
Le Ténia - Quand tu me prends par la main
Voir aussi :- les meilleurs parodies de chansons
1 parodie Si Wes Anderson avait réalisé Battleship
2 justice Al Qaïtarte : un procès dadaïste
3 art Van Gogh, Dali et Picasso disséqués
4 Supercut Fast & Furious résumé à ses changements de vitesse