
Le trio de Baltimore Future Islands emmené par Samuel Hering a confirmé hier à la Salle Jean Carmet d'Allones (Jean Carmet R.I.P) qu'il ne comptait pas pour des prunes. Lancé à seulement 23h40, après une succession de groupes plus surréalistes les uns que les autres : Cassus Belli, les crépitants France Sauvage, Future Islands est venu couronner cette Soirée de l'Etrange avec sa new wave survitaminée de la meilleure des manières. Si leur nouvel album n'a pas été le carton annoncé (par moi du moins), c'est sans doute parce que les gens n'ont jamais vu le groupe sur scène.
Même avec quelques bières dans le nez, même très tard dans la soirée (surtout très tard), le spectacle donné par les Future Islands relève de la magie hypnotique. Stabilisé depuis plusieurs années maintenant autour d'une structure à 3 : chanteur, basse maousse Peter Hookienne et synthé Jacno, joué à la pédale et sans les mains (bizarre, vous avez dit bizarre), Future Islands revenait dans la Sarthe, déjà traversée il y a 2 ans, avec un paquet de nouvelles chansons.
Plus complexes souvent, mélancoliques et moins fluo dansantes que les précédentes, les morceaux d'In Evening Air donnent à Hering l'occasion de faire parler son talent spécial. Sorte de monstre doux échappé des tortionnaires de Funny Games, polo beige et pantalon blanc trop court de gentleman golfeur, Hering (qui a passé pas mal de ses kilos en trop au bassiste) est un "type avec un organe". Sa voix est un monument qui émeut au delà de toute mesure (mon cas) ou fait rire (certains critiques peu sensibles ont écrit, dans des revues renommées, qu'ils n'avaient jamais entendu un aussi mauvais chanteur depuis 20 ans !). Hering chante comme un boeuf ou un cor de chasse articulé. Sa voix de stentor habille et déchire le bouillon servi par la basse et les claviers. Il accompagne sa livraison expressionniste de grimaces et d'une gestuelle que nul autre chanteur n'est capable d'habiller avec ce naturel électrique et cette passion. Sur les quelques chansons miroir qui signent l'identité du groupe, "Tin Man", énorme, ou "Pinocchio", toujours grandiose, l'ancien mais toujours spectaculaire "Beach Foam" et mon préféré le gigantesque et effrayant "Inch of Dust", le chanteur pétrifie l'audience d'un regard ou d'un geste de la main.
A ce degré de charisme, Future Islands n'est pas le petit groupe de seconde division venu de Baltimore (et qui remplit des salles de 80 personnes) mais un joyau rock qui se hisse sur la pointe des pieds dans la cour des grands. Quoi qu'il arrive par la suite, on se dit qu'on aura vu ce groupe deux fois, ce qui n'est pas mal du tout. A 2 ans de distance, il semble que les Future Islands qui en profitent pour présenter ici 2 nouvelles chansons aient encore amélioré leur approche musicale. La basse paraît plus lourde. Les synthés, renforcés par des boucles toutes faites, sont plus en retrait. Affaire de son, sans doute, mais aussi de choix qui met tout le monde à égalité, au risque de rendre l'ensemble un peu moins accessible. Les chansons restent là. Les textes taillés dans les larmes, les pertes d'amis, d'amies, les vagues, les flux et reflux, commandés par Hering démiurge, rugissant, bondissant, grognard au coeur brisé, et bonhomme de fer de la nouvelle "post-wave". Le final sur "Walkin Through That Door" (l'amie encore elle, ayant décidé de foutre le camp) est superbe de justesse.
Dernière chance ce soir (le 8) d'aller découvrir les étonnants Future Islands au Festival Elektricity de Reims.
Future Islands - Tin Man - Live Radio 2010
Future Islands - Live in LA 2010 - Walking Through That Door